WASP • The headless children

Les enfants sans tête… Autant dire que l’on attendait du gore qui éclabousse pour le 4ème album des Pervers Sexuels… Et le noiraud nous a tous pris à contre-pied. Lawless avait imposé WASP grâce à un patronyme, une imagerie et un comportement extrêmes : lancer de viande fraîche et sanguinolente sur les premiers rangs dans les concerts, look dégénéré tout en spandex rehaussé de scies circulaires habilement placées (avant-bras, coquille…) Bref, la classe à la mode L.A., à une époque où la sobriété signifiait la mort.

Mais après trois albums glaviots, Blackie en a eu gros sur la patate de voir son groupe brocardé : « Des clowns », « Ils savent pas jouer… » (sur la liste des prétendus bras cassés, Chris Holmes ne devait pas être très loin de ce bon vieux Mick Mars, c’est dire !).
Alors le méchant Sans-Loi a fomenté un plan infernal : sortir un album plus inspiré par les Who et Uriah Heep (deux de ses références), musique chiadée (The last command avait été un peu bâclé de l’aveu même du maître…) et textes intelligents (voler plus haut que « Baiser comme une bête » c’était pas très dur non plus).

Pari réussi. Lawless a remobilisé ses troupes, donné carte blanche à Holmes (le pauvre était contraint jusque là de n’enregistrer sur disque que ce qu’il pouvait reproduire sur scène), placé Frankie Banali à la moissonneuse-batteuse et en avant.

En avant pour un album où la légendaire furia noirâtre est contrôlée, canalisée. La pochette et son défilé morbide donne la couleur du disque (sombre et pas content, une version dark du Sergent pepper ?). La photo du groupe encadrée de barbelés surenchérit. On n’est pas là pour rigoler. Les grattes cavalcadent comme d’habitude (une marque de fabrique WASP… un peu comme Maiden ou Metallica, même si le traitement est différent) et sillonnent ce tableau désolé. Dans la plaine dévastée, Lawless rugit, noyé dans les couches entremêlées de guitares lead… Holmes riffe toujours à la hussarde mais il s’en donne à cœur joie côté arrangements. Les guitares, très inspirées, se superposent à l’infini, se perdent dans des delays galactiques (« Thunderhead »). Le son baveux et papier verre des précédentes productions est oublié. WASP se permet un interlude acoustique (« Mephisto waltz »), des ambiances (le début de « The heretic »)…

Les plus jeunes d’entre vous n’ont pas connu les deux faces d’un album, A et B… Le temps de retourner la cassette ou le vinyle… Quelle importance me direz-vous ? Et bien The headless children fait partie de ces disques qui ont clairement été bâti en fonction de cette contrainte technique. Face A, le WASP ambitieux qui remet les pendules à l’heure et propose un heavy metal racé (à la frontière hard rock), subtil… Face B le Wasp paillard et criard reprend un peu de service avec les deux titres dans ta gueule que sont « Rebel in the F.D.G. » et « Mean man » (un hommage de Blackie à son géant de guitariste) dans la droite lignée de « I wanna be somebody » et autres « Blind in texas ». C’est aussi la face où se planque la ballade, plutôt réussie, « Forever free » sur laquelle seront pompées toutes les ballades des albums suivants. Les deux faces constituent un album intense, échevelé, colérique, un oxymore concentré de rage chirurgicale et de sophistication sauvage…

Malgré toutes ses qualités (de son, de composition, d’interprétation…) The headless children n’est pas devenu un album référentiel. Il n’en demeure pas moins un des meilleurs albums de son époque… Un pavé dans la marre glamouze, une sorte de Operation Mindcrime version hard US (oui j’ose !). Son successeur développera la formule inventée ici, arrivant d’ailleurs au bout de ce qu’il était possible de faire dans cette voie (le récent Neon God en est un bel exemple puisqu’il reste bien en deçà de ses deux prédécesseurs).

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1 commentaire

  1. Julien 08/09/2017 à 23:09 - Répondre

    Très belle critique. J’abonde.