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Vinnie Vincent Invasion • Discographie

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Vinnie Vincent Invasion • s/t (1986)

L’album de la revanche. De la vengeance. Le disque de l’égo démesuré. Viré de Kiss, non crédité pour certains de ses apports, Vinnie Vincent décide de montrer à la face du monde quel grand guitariste il est, combien son talent est immense et ne passe pas les portes. Kiss n’a qu’à bien se tenir. Simmons et Stanley sont des nains qui n’ont pas besoin de musiciens mais d’employés serviles, de laquais électriques patientant pour leur cacheton hebdomadaire. Vous allez voir ce que vous allez voir.
Invasion est un une ode au cri et à la fureur, un concert de sirènes stridentes et de chats qu’on maltraite, maelström électrique d’un jusqu’au-boutisme hard US, une orgie de décibels et d’agressivité. Tout commence dans un larsen contrôlé, déchiré par un riff tranchant. Un vibrato hurle son harmonique en cadence, sirène rock un soir d’émeutes à LA. La guitare crisse comme une craie sur un tableau noir, tranchante, mordante. Du medium et encore du medium, Vinnie Vincent ne joue pas, il racle, rabote l’instrument pour en sortir cette sonorité presque douloureuse. Et après les premiers appels de batterie et une descente de toms sur 18 fûts, Robert Fleischman entre en scène, Bon Scott hollywodien sans le voile blues. Ce type chante aigu. Très aigu. Il hurle à s’en faire péter l’aorte à des sommets impossibles à atteindre sans masque à oxygène. Et VV de gratter encore et encore, jusqu’à ce que ça saigne. Au détour d’un refrain, l’homme à la flying V déboule son premier solo comme on règle des comptes. À chaque descente ou montée à toute berzingue on l’entend presque hurler « c’est pas Paul Stanley qui pourrait jouer ça ! ». Et ce son ! Chaque lead est un océan de verre brisé, un château de cristal qui explose, dispersant à tout va de mortels éclats, tailladant les chairs, brisant les os, laissant l’auditeur en charpie, sanglant.
Après les deux premiers titres (« Boyz are gonna rock » et « Shoot U full of love ») une seule certitude : impossible de tenir 40 minutes à ce rythme. Trop violent, trop aigu, trop rapide, trop démonstratif, refrains trop évidents… L’invasion a déjà remporté le blitzkrieg. Mais Vinnie est rusé (renard, il fait sa loi). « No substitute » calme un peu le jeu avec un Fleischman qui descend de quelques tons : grain de voix superbe (mais les hyper aigus ne sont jamais loin), chœurs en nappes, refrain à se damner. Malgré tout, VV continue de griffer avec sa Jackson (comment a-t-il obtenu ce son ? Mystère !). Jusqu’à la fin de l’album, c’est la déferlante de tubes rimmel et hystériques : riffs lacérés, leads écorchées et refrains MTV (« Do you wanna make love ?» ferait danser un ours).
Ce premier album de Vinnie Vincent en solo est un manifeste, un « hyper album » US durant lequel tous les aspects du genre ressortent hypertrophiés, exagérés, alors même que la discipline réclamait déjà de l’emphase par palettes. En cela, Invasion est un disque extrême, une sorte de Dragonforce hard US en somme. A tel point qu’on a même accusé ce bon Vincent d’avoir accéléré les bandes pour donner l’impression qu’il jouait plus vite. Les jaloux n’ont vraiment aucune limite.

Vinnie Vincent Invasion • All systems go (1988)

Deux ans plus tard, l’équipe remet le couvert. Fleischman n’est malheureusement plus de la partie, remplacé par son clone, Mark Slaughter (qui fondera par la suite, avec le bassiste Dana Strum, le groupe Slaughter. Quelle suite dans les idées !). Qu’importe, le p’tit nouveau s’avère très bon aussi, un peu moins « lisse » mais tout aussi aigu (c’est le plus important) et l’Invasion est devenue un vrai groupe. Dès « Ashes to ashes » et son intro à la « Immigrant song » on sent que Vincent s’est un peu calmé. Dépassant le concours de qui a la plus grosse, il a peaufiné ses compos. Là où Invasion n’était qu’efficacité du riff, méga refrain et shred échevelé hyper wild, All systems go se révèle plus soigné, plus varié, plus riche. On perd en spontanéité ce que l’on gagne en sophistication. On aurait de toutes façons bien du mal à imaginer ce que VVI aurait pu ajouter à la surenchère d’Invasion. Le son des guitares, légèrement plus poli, reste encore très tranchant et l’ensemble très énergique.
Le groupe remportera un certain succès avec « Love kills », ballade très réussie (merci Slaughter) qui illustre (avec Dokken) le quatrième volet des « Griffes de la nuit », chef d’œuvre du septième art s’il en est .
Puis l’Invasion repartit d’où elle était venue et Vinnie ne se fit plus remarquer. Dommage. Son cabotinage et son esprit revanchard ne l’avaient pas empêché d’écrire deux disques de hard US impeccables, extrêmes et iconoclastes par leur démesure, malheureusement oubliés aujourd’hui. À vous de jouer.

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