Timo Tolkki est-il aussi gros dedans que dehors ?

J’aimerais pouvoir lire les pensées de certains musiciens. Pour en apprendre davantage que les maigres informations distillées par des medias qui questionnent sans se poser de questions (relisez calmement). Il doit régner dans la caboche de Timo Tolkki (guitariste et unique compositeur de Stratovarius) un capharnaüm digne de ces greniers familiaux encombrés, où se mêlent les souvenirs, les jalousies, les trésors dérisoires conservés dans des linges brodés, des manuscrits à l’encre délavée par le temps et les larmes, des choses indistinctes brillant dans le noir et des bonheurs intenses cachés dans de vieux coffres.

Avec un telle dextérité, l’enfant Timo a trimé des heures sur sa guitare. Un moment de vie trop souvent oublié. Les mois passés à jouer 8 à 10 heures par jour. La valorisation du glandeur, du bras cassé, des gens brillants qui n’en rament pas une mais réussissent, relève de la mythologie rock. Une image d’Épinal sympathique mais erronée. Quel que soit l’artiste, quel que soit le talent, seuls l’acharnement intense et l’abnégation permettent d’accéder à un niveau « professionnel » (même les Ramones ont bossé et si vous n’en êtes pas persuadé, enchaînez 1h30 de barrés à fond la caisse sans pause et sans faire un pain et on en reparle).
Penché sur sa guitare, le gosse rêve de devenir Malmsteen à la place d’Yngwie. Une référence souvent dangereuse, les apprentis ne retenant du suédois que sa rapidité, oubliant son phrasé et son toucher (cf. « Yngwie Malmsteen est il un con ? »). Et le gamin de bosser ses démanchés, sa précision et sa vitesse, pour un résultat bluffant. Tolkki fait partie de cette génération de musiciens qui rivalise avec ses maîtres, voire les dépasse. On a assisté pendant les années 90 à un nivellement par le haut de la technique, propulsée par l’explosion Satriani / Vai. Actuellement, personne ne joue mal ou approximativement et le moindre péquin se révèle meilleur que les pointures des années 80 (Michael Schenker, Mathias Jabs, Uli Jon Roth, Adrian Smith, Dave Murray, K.K. Downing, Glenn Tipton, Kirk Hammet, Gary Moore…). Malheureusement, tout le monde sachant tout jouer (pour simplifier), on assiste en parallèle à un « nivellement de la personnalité ». Peu nombreux les guitaristes capables de s’extraire de la masse. L’un des outils de différenciation reste (encore et toujours) la composition elle-même. Parce qu’au final, qui est le « meilleur Schenker » ? Rudolf ou Michael ?

Timo Tolkki ? Un travailleur donc. Pas seulement à la guitare. Ce type a produit pratiquement tous les albums de Stratovarius. La production… encore une chose qui ne s’improvise pas. Maîtriser les outils, l’acoustique, élargir ses connaissances à tous les instruments (à ceux du rock au moins), enregistrer, mixer… Un boulot de solitaire. Un truc d’autiste en puissance. Des journées sans voir la lumière du jour, la tête et les oreilles ailleurs.
Sans objectif, sans ligne directrice, toutes ces compétences ne servent à rien. C’est là que l’acharnement intervient. Le feu sacré qui oblige à avancer pour atteindre un objectif, servir une cause, un idéal artistique ou esthétique.
Tolkki a basé son style sur trois piliers fondateurs :
– le pillage en règle des dégoulinantes arabesques néo-classiques de Malmsteen,
– la récupération des up-tempos du speed mélodique made in Helloween,
– le sens du tube et de la mélodie collante, mélange subtil entre les circonvolutions suédoises, la panzermélodie germanique et une touche de hard FM.

Il faudrait ajouter un certain goût pour l’expérimentation heavy vraiment lourdingue, très Sabbathienne dans la forme mais sans la réussite. Heureusement, après des essais peu concluants, cette tendance a disparu au fil des albums (remplacée par l’expérimentation orchestrale niaise… Charybde et Scylla).
La recette relève du tour de force, parce que si le travail permet techniquement de s’approcher de Malmsteen, rien ne garantit une inspiration mélodique. A part le don. Cette part inexplicable de la chose musicale qui arrive là, comme ça, que l’on joue vite ou pas, bien ou mal, que l’on soit autodidacte ou « mis en conservatoire »… Et ce talent, Timo Tolkki en est doté.

Pas évident sur Fright night (1989), œuvre de jeunesse médiocre qui ne vaut que pour sa magnifique pochette. Ce vinyle a squatté le bac « hard rock » d’un disquaire perpignanais pendant des années. Le nom du groupe nous amusait bien à chaque fois que l’on s’attardait sur le serpent émeraude. Dans le genre m’as-tu vu et prétentieux, Stratovarius se posait là. Pourquoi pas Playhell ou Sustainway ? Bref. Personne n’acheta ce disque, personne ne fut au courant de la sortie de Twilight time (1992) et il fallut attendre une excellente chronique de feu Hard Force qui plaçait Dreamspace (1994) entre Helloween et Queensrÿche, pour que je retourne chez le fameux disquaire et me fende des 138 francs réglementaires en échange d’un CD cette fois.

Au risque de me répéter, fut un temps, Queensrÿche représentait LA référence metal. Le groupe classieux, chiadé, novateur, le futur grand, la formation sur laquelle on devrait un jour compter. En 1994, le groupe sortait Promised land et on supposait qu’il remonterait la pente suite à cette calamiteuse baisse de régime. Las, jamais il ne repassera en première division. Larmes. Soupirs.

Citer deux des meilleurs groupes de tous les temps pour situer Dreamspace — ouais-c’est-mon-blog-et-je-raconte-n’importe-quoi-si-je-veux-mais-quand-même-venez-pas-me-dire-que-les-trois-premiers-Helloween-c’est-du-nougat-parce-qu’on-sera-pas-pote — revenait en gros à faire baver le conso-fan moyen comme un chien de porcelaine à Limoges (cette image n’a aucun sens). Je vous raconte directement la fin du film : Dreamspace ne vaut pas un Keeper (I ou II) ou Operation…  Mais il sauve largement l’honneur, malgré des longueurs. Si Tolkki a trouvé sa petite musique sur Twilight time et les trois tubes typiquement Strato (« The hands of time », « Twilight time », « Out of the shadows »), étouffés par une plâtrée de bouses, ce troisième album pose les bases du genre défini plus haut : le croisement entre le speed mélodique (« Hold on to your dream », « Chasing shadows »), le néo-classique Malmsteenien et une approche un poil plus expérimentale avec le passage vaguement oriental (« Magic carpet ride »), comme si depuis « Gates to Babylon » de Rainbow, tous les groupes de hard ou de metal se sentaient obligés de perpétuer la tradition, montrant ainsi une influence supposée venue d’ailleurs. On connaît l’histoire, les Stones et les Beatles avaient déjà fait le coup.

Classical variations and themes (1994)
Première prestation solo pour le guitariste finlandais. Un album fourre-tout, majoritairement instrumental, pas forcément très démonstratif, passant de compos diverses à des réinterprétations de thèmes connus issus de la musique classique (« Le lac des cygnes », « Le Concerto d’Aranjuez »…) ou traditionnelles (« Greensleeves »). Le résultat s’avère sympathique mais pas renversant, l’aspect « classique » de l’ensemble étant tout de même réduit à la portion congrue.

Jusqu’à présent, Timo chantait. Plutôt pas mal sur le dernier Strato, sa fragilité donnant du caractère à certaines chansons (« Fourth reich », « Chasing shadows »). Mais tenir un registre « kiskien » et assurer la guitare en même temps, c’est du boulot, Kai Hansen pourrait vous en parler. Comme lui en son temps, Tolkki dégotte alors un « vrai » chanteur en la personne de Timo (c’pratique ça…) Kotipelto. Un type bluffant. Voix pure mais pas aigrelette, proche du Kiske trentenaire, avec juste ce qu’il faut de tristesse dans le vibrato pour faire chialer. Un des grands de ces vingt dernières années (je ne me mouille pas, ça fait au moins dix ans que plus personne ne chante dans le metal).

Fourth dimension (1995) en sort grandi. Fracassante ouverture : « Against the wind », « Distant skies », « Galaxies », trois chansons terriblement accrocheuses, entre optimisme débridé et désenchantement, speed mélodique et hard FM, une combinaison unique à l’époque (Tobias Sammet la reprendra à son compte bien plus tard) et un résultat qui reste dans les mémoires. Plus loin, « Lord of the wasteland » s’inscrit dans cette veine. Le reste se range dans le casier somnifère en gros : « Stratovarius » démontre la virtuosité du taulier, avec « 030366 » (date de naissance du boss) on cherche à savoir l’heure, « We hold the key » et « Twilight symphony » endorment…
Un résultat mitigé. Mais la première moitié de Fourth dimension brille tellement que le disque vaut le détour.

Episode (1996), clone triste de la quatrième dimension. Tabassage en règle dès l’ouverture des portes (« Father time », « Will the sun rise ? »), suivi de la désormais habituelle alternance de morceaux mélodico-berzingués (« Speed of light », « Tomorrow ») ou calmo-soporifiques : « Uncertainty », « Babylon », aussi oriental qu’une merguez-frites, « Eternity » (lui c’est « Kashmir » qu’il pille).
La nouveauté du disque ? L’arrivée de Jens Johansson (ex-clavecin au sein de la petite entreprise suédoise Malmsteen Inc.) et Jörg Michael (ex-boîte à rythmes dans les aciéries Running Wild). Deux types raffinés en somme, Johanssen s’inscrivant sans problème au panthéon des gros nuls du claviers : vitesse foudroyante (pour ferrailler avec Malmsteen faut bien ça) et rien à raconter. Mais j’imagine ce bon Timo réaliser son rêve d’enfant : jouer avec l’employé du Dieu de la guitare. Climax de l’album pour les amateurs de torture psychologique avec « Stratosphere ». Comme toutes les copies carbones un peu trop vite éditées, Episode déçoit : manque de mélodies, longueurs…

Heureusement Visions (1997) mettra tout le monde d’accord. Le meilleur Strato (jusque là). La formule est au point et Tolkki fait le deuil de ses expérimentations (orientales ou pas). Concentration maximale sur les compos les plus lyriques. La basse monstrueuse de Jari Kainulainen (mon correcteur orthographique vient de planter) ouvre le bal sur « Kiss of Judas », un mid tempo pour une fois très réussi. Ambiance suspicieuse. Johanssen se la joue éthéré sur cette histoire de trahison et Tolkki décoche un solo plutôt réussi. La pression monte. « Black diamond ». Pour une fois le clavecin sonne : intro jeansebastienbachienne pour une des plus belles réussites du groupe. Tout est là : les nappes vaporeuses, la guitare inquiète en rythmique, Kotipelto on top of the world, un double couplet qui fait rager d’impatience en attendant le refrain libérateur et lacrymal. « Black diamond » représente, à mon sens, le désespoir permanent de ce gros type qui doit avoir un petit problème relationnel. L’histoire nous montrera que la folie ou un mal être paroxystique habite sa grande carcasse.
S’il avait raconté ses délires paranoïaques en chantant un roi lézard, ou en évoquant le meurtre d’une pute junkie dans un caniveau de la Nouvelle-Orléans, on aurait crié au génie. Mais Tolkki n’utilise pas ces images là. Quand il écrit, ses mots sont simples, naïfs, mièvres. Des ruptures et des trahisons, l’angoisse de lendemains trop technologiques ou trop pollués. Son imaginaire se peuple d’images de synthèse ou ce qui s’en rapproche, de dauphins et d’enfants. Il rêve que tout le monde se prend par la main (sauf les dauphins). Alors oui c’est cul-cul, mais l’intérêt du bonhomme ne réside pas là. L’intérêt de Timo Tolkki c’est « Black diamond ». C’est la musique. Ces mélodies tristes et joyeuses à la fois, des sentiments simples, faciles à partager, parce qu’universels. Et si on trouve ici et là du mauvais goût par kilotonnes, tant pis. Seules les notes permettent à ce type, qui a finalement consacré toute sa vie à sa musique, probablement au-delà de ce que l’on peut imaginer, de s’exprimer correctement.

Visions of Europe : live (1998)
Un double live issu de la tournée Visions, le bon moment puisque le succès est au rendez-vous. Le son assez brut donne une assez bonne idée de la manière dont sonne le groupe en concert. Public chaleureux et présent, impros et légères différences avec les versions albums pour une set list franchement orientée speed mélodique : pas de titres expérimentaux, seulement deux ballades (« Forever » et « Seasons of change »). De quoi réjouir l’amateur. Kotipelto se révèle moins brillant que sur album, ce qui signifie aussi que toutes les voix n’ont pas été ré-enregistrées en studio. Pour ceux qui veulent une collection complète en somme.

Destiny (1998). L’album « sombre ». Deuxième apparition de véritables arrangements orchestraux (la première tentative date d’Episode. Discrets les machins (l’Italie est loin). Destiny continue là où Visions s’arrêtait, creuse le sillon et vire le superflu (pas d’instrumental, morceaux un peu plus courts). La formule ne souffre pas d’embardées. La rythmique, infatigable, propulse la formation à vitesse de croisière pendant que, serein, Grotimo assène les quelques accords qui durciront l’ensemble. Mine de rien, tout le groupe se met au service de Kotipelto qui attaque ses aigus par la face nord. Stratovarius, formation artificielle bâtie par un guitariste autiste, ne sert que le chant, la mélodie centrale, essentielle. Là où un Hansen développe, chamarre et bouillonne, où un Sammet superpose les voix jusqu’à l’écœurement, où un Turilli turillite, Tolkki reste simple, limpide, puissant, lisible. Une petite parenthèse sur cette fameuse « puissance » recherchée par tous les groupes de metal : « l’ajout » ne sert à rien. Blind Guardian et sa prod d’autoradio ne l’a pas encore compris après trois albums rendus rachitiques par le mix de 200 pistes audio. Tant pis pour eux. Pour être puissant, il faut enlever, retirer le gras, le superflu, l’overdub de trop. Ne garder que la chair et le muscle, la dynamique. Et donner de l’espace à la basse, l’instrument maudit des années 2000. Stratovarius reste, en dépit du temps qui passe, l’une des plus puissantes formations de speed mélodique.

L’illustration parfaite de cette puissance reste Infinite (2000), peut-être l’album le plus massif du groupe. Même équipe, même registre, même réussite que les deux précédents. Tolkki aux manettes du fameux Finnvox Studio (systématiquement squatté depuis Episode), celui là même que tous les groupes du moment investissent pour sonner comme Strato. Sauf que Tolkki n’est pas là. Et qu’ils briment leur bassiste. Perdu les mecs (je crois que seul Nightwish a véritablement compris la recette et encore, pas sur tous leurs disques).
Après autant de publications, avouons que les fameuses mélodies de Tolkki finissent par se ressembler. Pourtant, il suffit d’écouter « Freedom » pour constater que le gars a encore du jus. Infinite passe comme une lettre à la poste et conclu un triptyque de qualité. Les adieux de Flipper avant la catastrophe.

Intermission (2001)
Une pause pour recharger les batteries, insuffisante malheureusement. Intermission regroupe les face B, les reprises et autres inédits de Stratovarius. Pas grand intérêt pour la découverte du groupe bien entendu. A réserver au fan comme le veut l’expression consacrée.

La catastrophe se nomme Elements (2003), deux disques sortis à quelques mois d’intervalles et constituant un double album. Et comme toujours, deux albums à la fois c’est un de trop. Depuis Helloween et ses Keepers of the seven keys Pt. I & II (en 1987 et 1988), qui a réussi un double dont on ne dit pas « il aurait été meilleur en simple » ? Si vous répondez Judas Priest, je vous invite à vous diriger vers le dernier Halford, Made to metal, histoire de vous réinitialiser. Stratovarius se plante avec ces deux guimauves. On savait Tolkki capable du pire dans ce domaine depuis son premier disque solo Hymn to life (2002), réservé aux aventuriers du chamallow.

Les Elements s’inscrivent dans cette lignée doucereuse et mollassonne, où rien ne se passe et où l’écoute, gênée, crée un malaise. Tolkki traverse une passe difficile. Ce garçon a de fortes tendances à la dépression en plus de désordres psychologiques et, visiblement, il se rend compte que le succès ne l’apaise pas, ne le soigne pas. La gloire (relative, on parle de speed mélodique), ne résout pas les problèmes.
Les tensions au sein de Stratovarius apparaissent. On parle du départ de Kotipelto, de son remplacement par une chanteuse, Miss K. Le web n’aide pas le groupe à moins qu’il s’agisse d’une manœuvre marketing. Des photos circulent, les déclarations se croisent, se contredisent. Les finlandais perdent en crédibilité au fur et à mesure qu’enfle la rumeur. De son côté, Jens Johanssen bourré et excédé par Tolkki, lui pisse dessus lors d’un concert (la vidéo existe). Finalement, jamais Madame Kellogg’s ne poussera la moindre note et Strato retourne en studio, perdant au passage le trépidant Jari Kainulainen. Peut-être le seul gars cohérent du groupe qui préfère prendre la porte plutôt que de participer à la décadence et au pourrissement.

On le comprend à l’écoute de ce nouvel album sans titre (2005). Fini le speed mélodique, les tempos ralentissent proportionnellement à la baisse d’inspiration du patron. Les plus indulgents sauveront du naufrage « Just carry on », « Fight ! » et « Gypsy in me ».

Mais le vaudeville se poursuit : alors que le disque suivant est déjà en chantier, Timo souhaite arrêter Strato et se consacrer à une carrière solo. Les autres, pas d’accord et énervés d’avoir bossé sur les nouveaux morceaux — vendus par Tolkki comme son répertoire solo —  décident de poursuivre sous le nom Stratovarius mais sans le guitariste ! Surréaliste. Aucun membre n’a jamais rien écrit pour le groupe et seul Kotipelto (parolier à mi-temps) a sorti deux disques solos nullissimes (avec l’aide de guests). La haine semble être le seul moteur de l’équipe en perdition.

Et cela donnera, en 2009, Polaris avec Matias Kupiainen, un jeune guitariste plutôt doué dans le rôle du remplaçant. Cinq ans d’attente (hum hum) pour un résultat aussi médiocre que les trois précédents disques. Le label « Stratovarius » sert de cache-misère. A part « Forever is today », une speederie convenable, les autres compositions démontrent le peu d’inspiration de ces seconds couteaux, trop cons pour admettre qu’on ne remplace pas un compositeur talentueux au pied levé. Jens Johanssen se pissera-t-il dessus de honte ? On en doute, probablement trop occupé à descendre des vodkas aussi vite qu’une gamme mineure harmonique.
Deux ans après (2011), Stratovarius sort la tête de l’eau avec Elysium. L’album montre un groupe modernisé, solide, qui conserve la formule élaborée par Tolkki mais rajeunie par son Matias de successeur. Versatilité du jeu, sous accordage, Kupiainen en dépit de sa jeunesse apporte une touche adulte à l’ensemble. Même les claviers ne se cantonnent plus au son clavecin mais évoluent vers des sonorités plus vaporeuses ou légèrement électro. Et le groupe n’oublie pas son côté accrocheur grâce à « Darkest hours », « Under flaming skies », « Infernal maze », souvent contrebalancés par des mélodies un peu plus tendues ou inquiétantes qu’à l’ordinaire. Une réussite.

Pendant ce temps, Tolkki, ne chôme pas. Nouvelle formation au nom ridicule, Revolution Renaissance (le titre de l’album prévu chez Strato) et parution de trois disques en plus d’un « opéra » intitulé Saana, warrior of light, Pt I. . Je ne sais pas quelle idée m’angoisse le plus : écouter ce machin en entier ou savoir qu’une deuxième partie est prévue… Entièrement orchestral (ou presque), Saana… met en scène quelques chanteurs dans le cadre d’une musique encore moins énergique que celle de Hymn of life tout en restant aussi mièvre. Vraiment pas une réussite.
Mieux vaut encore se pencher sur Revolution Renaissance…

New era (2008) voit défiler plusieurs chanteurs (Kiske et Sammet notamment). Un machin en pilotage automatique, pas indigne comparé aux derniers Stratovarius, mais rien de bien folichon. Le second ? Même chose. Age of aquarius (2009) n’apporte rien à part un grand moment de banalité.

Seul, Trinity (2010) redonne la banane. Tolkki aligne là l’habile mélange habituel speed / FM assez réussi. Si l’on passe outre les approximations du chanteur Gus Monsanto, Trinity se révèle être un de ces bons p’tits disques, bien énergique, qui complètent la discographie en dent de scie d’un gars un peu bizarre.

L’histoire n’est pas terminée… Tolkki a donné un coup d’arrêt à la carrière de Revolution Renaissance, souhaitant passer à autre chose. Dernier coup de théâtre (vaudeville j’vous dis !), les autres membres de ReRe viennent de découvrir que Tolkki n’aurait pas joué les solos de guitare que l’on entend sur Trinity, de l’aveu du producteur du disque qui serait également l’interprète de ces passages. L’écoute des solos, beaucoup plus phrasés et moins Malmsteenien qu’à l’accoutumée, tend à conforter cette thèse. Mais l’intéressé n’a pas confirmé et le site officiel de Revolution Renaissance a disparu.
A peine une année après, voici le nouveau projet pour Timo. Symfonia. Je parie qu’il trouve lui même les noms de ses groupes. Cette fois le finlandais s’est acoquiné avec Andre Matos. Deux chiens errants aux carrières brinquebalantes qui se regroupent, avec Jari Kainulainen (ex bassiste de Strato) pour faire un album… de Strato. Pas d’expérimentation, pas de surprise, la route de In paradisium (une réponse à Elysium je suppose) est balisée à la triple croche près. Un Strato pas brillantissime mais assez solide mélodiquement parlant, même si tout sonne déjà entendu. En vieillissant Matos prend de l’épaisseur et s’en tire bien. Moyen et efficace.
Le match continue avec la sortie de l’excellent Nemesis côté Strato (détaillé ici) et celle de Land of new hope, titre du premier disque d’Avalon, le nouveau projet de Timo…
On peut bien se moquer de Grotimo, tant les coups de théâtres et le ridicule parsèment sa carrière. Il semble que parfois, ses problèmes psychologiques gagnent la bataille contre son talent et le bon sens. Dommage, évidemment, pour lui avant tout, et pour les fans ensuite, qui préfèreraient avoir un « almighty » Tolkki plutôt qu’un Bozo. Mais ces événements restent des détails de second ordre, négligeables au regard de sa création. Il serait regrettable, qu’obnubilés par ces quelques éraflures de carrosserie, on en oublie le bolide de compétition que reste Stratovarius.

Afin de compléter et d’illustrer cet article, vous pouvez écouter le premier « Sonik » d’Inoxydable consacré à Stratovarius. Clic droit ici > Enregistrer la cible du lien sous OU Ouvrir dans un nouvel onglet.

 

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