Saxon • Discographie

Un jour, faudra faire les comptes. Le bilan. Actif, passif… Kilos de riffs contre vagues rythmiques, albums stainless steel contre plaisanteries, tournées inlassables contre showcases, foi indéfectible contre opportunisme. Ce jour là on érigera une statue à Saxon. Une statue d’acier. Anglais l’acier. Trempé et inoxydable. Et on jettera au feu tous les albums avec plus d’un riff par chanson.
Saxon… 5 fils de putes (leur patronyme de départ, Son of a Bitch) du sud Yorkshire (le pays de ces cons de chien ?), qui ont boulonné au fil des ans une cathédrale électrique, un grand temple païen branché sur le 220. Des petits gars qui ont découvert… hmmm… le secret de l’acier de ce brave Conan ? Quelque chose dans ce genre en tout cas. Une force indicible, un alliage que seuls les trimards au fond des garages trouvent à force d’acharnement et d’obstination. Une formule magique où un riff = une chanson. Où ce petit motif mélodico-rythmique de guitare, tournant en boucle, provoque l’hystérie collective, l’envie de déserter chez les engagés, la perte des eaux chez les femmes enceintes, donne le courage à tous les McFly du monde de tatanner leurs Biff Tannen. C’est quand même pas rien.

Riffs
Saxon est le riff aussi assurément qu’AC/DC est le rythme, que Ritchie Blackmore est la classe et que Yngwie Malmsteen est un con. Dans les années 90 on a oublié la valeur d’un bon riff. Les néo-métalleux jouent un accord syncopé pendant des heures et les perdreaux true metal confondent vitesse et précipitation. Sympa. Mais excusez moi de devenir légèrement dingue, voire complètement psychopathe, dès l’intro de « Wheels of steel », « Baptism of fire » ou « Princess of the night ». Saxon est un groupe nerveux, speedé, épileptique. Machine lancée, rien ne l’arrête. Ça joue vite. Sec. Ça cogne dur. Et toujours dans la gueule. Pas de coup de bas chez Saxon.
L’obstination évoquée plus haut transpire de chaque titre : répéter ad lib des flingages en règle comme « Machine gun » ou des litanies à la « Wheels of steel » demande une foi sans faille, et une recherche de l’ivresse. Cette joie inexplicable, ce plaisir jouissif d’un riff répété inlassablement, porté par la pulsation rythmique, taillé dans la plus frustre saturation. On revient au primitif, au sacrificiel, à l’hypnotique tambour africain, la mélopée indienne, la percussion préhistorique. Un retour à l’animal qui grogne en nous, au pauvre singe heureux d’avoir survécu une journée de plus et remerciant le(s) tout-puissant(s), l’eau, le feu, l’air, le soleil et tout le Saint-Frusquin…

Paroles
La recherche de la sensation, Saxon l’exprime aussi au travers des textes, toujours très simples : envie de vitesse au sol ou en l’air (« 20,000 feet », « Wheels of steel », « Terminal velocity »), envie de sensations diverses, musicales ou pas (« Machine gun », « Heavy metal thunder »), etc.
Et comme la plupart des groupes de hard rock et de metal, Saxon reste fasciné par ce qui est grand et fort, par les héros, ceux qui résistent, ceux qui font l’histoire. Byford évoquera donc Neil, Buzz et Michael (« Eagle has landed »), les soldats de 14-18 (« Broken heroes »), une locomotive à vapeur fendant la plaine glacée (« Princess of the night »), la mort de Kennedy (« Dallas 1 pm »), les migrants du Mayflower (« Sailing to America »), etc.
D’ailleurs Byford le dit lui-même dans « Deeds of glory » (Killing ground)

When I was a boy I listened to the stories
Of conquerers and heroes of old
Tales of adventure and valiant days
Warrior courageous and bold
Come with me and I’ll take you there
Let’s open the book of time

Se pencher sur ces textes est assez amusant, on découvre aussi des tranches de vie du groupe comme « Strong arm of the law » ou « Midnight rider ».

La guitare lead
Paul Quinn et Graham Oliver (ou son remplaçant Doug Scaratt) n’ont jamais brillé par leurs interventions en solo. Duo de prolos de la SG, les gars riffent à mort, tranchent dans le vif, précis et mordants mais n’ont pas grand-chose à dire quand Biff ferme sa gueule. Errances en haut du manche, cordes tirées en pilotage automatique, vibrato de rigueur et pas grand-chose. Scaratt, meilleur techniquement que les deux autres, n’est malheureusement pas plus intéressant. Comme toujours, des exceptions : l’intro de « 747 (strangers in the night) » par exemple. Mais elles sont rares. On n’écoute pas Saxon pour la qualité des leads.

Le son
Jusqu’au premier live, Eagle has landed, le groupe sonnera aigrelet : guitares acides et prod au rasoir. Les plus jeunes trouveront probablement le résultat vieillot et peu puissant. Daté c’est certain : réverb claquante sur la voix, compression au minimum, batterie naturelle. Mais l’interprétation a gardé sa nervosité. L’énergie n’a jamais été une question de production et les vieux albums de groupes comme Saxon ou Riot tiennent largement la route face à des productions modernes, gonflées à l’informatique et au rack d’effet pour masquer le vide abyssal du propos. Rien que de l’os et du muscle. Pas de gras.

Les mélodies
Saxon n’est pas un groupe à « grandes » mélodies. Pas comme Maiden ou Judas. Byford utilise un phrasé très rock’n’roll et lance ses refrains en forme de slogan au dessus de la mêlée, pour s’extirper de la boucheriff. En gros, si le riff est bon, la chanson est bonne mais Saxon marche sur un fil : le minimalisme ne laisse rien passer.

L’évolution
Au fil du temps Saxon deviendra plus chantant, compliquera l’affaire, pondra des titres de 10 minutes, se lancera dans le hard FM ou le metal épique. Mais il ne sera jamais aussi bon que dans le cadre de sa « formule » : riff en boucle, basse trépidante (sur une note s’il vous plaît) et refrain en orbite. Point barre.
Ses errances et son envie de succès américain lui coûteront sa place sur le podium : Maiden lui a piqué la vedette grâce à… de plus belles pochettes (?), Motörhead a joué plus fort, Def Leppard a séduit les filles, Scorpions a conquis la terre entière… Oublié de l’Histoire, il ne reste à Saxon qu’une solution : devenir culte. Et il est en passe de réussir ce pari en séduisant les fans de la première heure et la jeune génération biberonnée à Blind Guardian ou Therion. Une performance à une époque où les fondamentaux rock’n’roll sont perdus de vue. Fondamentaux qui ont toujours placé le groupe à la lisière du hard et du metal. On simplifiera en considérant la première partie de sa discographie comme étant hard et la deuxième comme étant metal. De là dire que, plus le groupe se fait metal, moins il est bon, il y a un pas que je franchis allègrement.

s/t [1979]
Un premier album comme on n’en fait plus. Médiocre. Les p’tits gars d’aujourd’hui n’ont pas le choix. Faut fracasser d’entrée. Laisser tout le monde sur le carreau dès le premier disque. Pour avoir la chance d’en pondre un deuxième. Saxon appartient à la génération que les labels ont laissée grandir, progresser, mûrir, flairant le potentiel (et le pognon) tout en sachant que ce n’était pas « encore ça ». Ce disque sans titre s’inscrit dans cette veine. Tous les ingrédients habituels sont là mais le bois est tendre et les peintures fraîches. On retiendra « Backs to the wall » pour l’énergie (éventuellement « Still fit the boogie » les jours d’indulgence), « Rainbow theme / Frozen rainbow » (ouvrir avec une vraie-fausse ballade, voilà un pari osé) et l’étonnant « Militia guard », qui après une intro horriblement laide, enchaîne sur un riff électro-acoustique et une chanson mélancolique assez réussie, quoiqu’un peu foutraque en terme de construction et de mélange des genres (deux breaks, un lent et triste, l’autre joyeux, des chœurs iconoclastes vers la fin et une conclusion sur un solo de guitare relativement lyrique). Un vrai titre « prog » où toutes les idées pas casées ailleurs se retrouvent là ! Le seul du genre dans la carrière du groupe. Je serais curieux d’écouter une version actualisée de cette chanson.
Pas un indispensable donc, à moins d’être bien accro à Saxon, auquel cas, « Rainbow theme / Frozen rainbow » et « Militia guard » valent le détour.

Wheels of steel [1980]
Fracassant. Avec ce disque le groupe se place directement dans la liste des prétendants au trône. Qui sera le futur patron de la NWOBHM ? Rien n’est joué et Saxon se bat coude à coude avec Maiden et Def Lep. Un disque de maniaques : mitraillage en règle sur « Street fighting gang », « Machine gun », riffs d’arracheurs de dents sur « Stand up and be counted », « Motorcyle man », « Freeway mad ». On tombe amoureux de Suzie (« Suzie hold on »), une tentative hard pop assez surprenante et très réussie. « Wheels of steel » constitue la clé de voûte du disque. Un riff zeppelinien étiré sur 6 minutes sans que jamais on ne veuille stopper la machine. Probablement le titre qui correspond le plus à la description tribale et primitive que je donnais plus haut.
Je terminerai par une chanson ovni, elle aussi devenue un classique : « 747 (Strangers in the night) ». Racontant les errances d’un 747 perdu dans la nuit, à court de kérosène, le titre démarre par une mélodie guitare plutôt réussie. Le couplet, bâti sur un riff unique et mid tempo aux accords appuyés, s’enchaîne étrangement avec un refrain en arpèges inquiétants. Là où l’on attendait un refrain slogan typique, on trouve une rupture, abrupte, à peine annoncée par le « we were » de Byford. Malaise complet. La chanson n’en devient que plus nocturne.
Wheels of steel, comme tous les disques de la première période, est un album coup de poing, que l’on écoute « cul sec » sans se soucier des détails (absents de toutes façons). Un concentré d’énergie et un « bottage » de cul systématique.

 

Strong arm of the law [1980]
Tout est dit dès le premier titre : « Heavy metal thunder » et son riff teigneux. On n’est pas là pour rigoler et on va en prendre plein la gueule. « 20.000 ft » bien speed. « To hell and back again » met en avant une mélodie guitare plus qu’un riff, une rareté chez Saxon. Ce titre, rejoué sur la tournée « et si on ressortait les vieilleries » (le premier CD du Eagle has landed III) a gardé une sacrée pêche. « Strong arm of the law » pulse à mort comme un vieil AC/DC. Un groove presque swing. Encore un truc qu’on a oublié au 21ème siècle ça. « Taking your chance » et son refrain vaguement pop (quelques notes de clavier créent la surprise). « Dallas 1 pm » clôt le disque. L’assassinat de Kennedy en direct. 6’29 au compteur, une première partie instrumentale, un solo plutôt réussi et une ambiance prenante.
Strong arm of the law est court (8 titres), varié, direct. Un des meilleurs.

Denim and leather [1981]
Un de mes premiers disques de hard rock. Arrivé au refrain de « Princess of the night » j’adorais le groupe. À la fin de l’album c’était « mon groupe préféré ». On est con quand on a 16 ans. La semaine précédente Motörhead avait décroché la timbale et Accept les a détrônés la semaine suivante). Vingt ans après mon jugement n’a finalement pas beaucoup changé, Saxon figurant clairement dans mon Top 10. Avec Accept, Motörhead et AC/DC. Forcément.
Bref. Premier contact via Denim and leather. Difficile d’être objectif. Rien que pour « Princess of the night » il faut posséder ce disque (encore un concept incompréhensible pour les rats qui téléchargent la musique. Mourrez dans d’atroces souffrances). Mise à part la princesse de la nuit, on a, comme sur les précédents, du riff au kilo (l’excellent « Rough and ready » par exemple), des sifflets voyou de Biff (une spécialité locale apparue déjà sur Strong arm of the law). Et surtout une baisse générale du tempo : « Play it loud », « Out of control », « And the bands played on »… « Fire in the sky » la seule vraie speederie tombe à plat. Pas bien grave, le reste tabasse. On prend et on garde.

Le bonus : 2 couplets assez sympas respectivement tirés de « Play it loud » et de « Denim and leather » :

I was lying on the beach taking the rays
Listening to Deep Purple reminiscing of old days
I was hassled by a lifeguard so I kicked him to the ground
There’s always someone somewhere who’ll try and turn you down
So if you need some action and nothing comes around
Don’t call the doctor turn up the sound
Play it loud

Do you dream of playing guitar or smashing up the drums
Maybe you can learn to play the bass
You can always be a singer like me and front the band
When on the stage we wait at your command

The eagle has landed [1982]
Blitzkrieg. Si l’on ne devait en choisir qu’un de cette première époque, on garderait celui là. 10 tueries (j’aurais bien échangé « Fire in the sky » contre « Rough and ready » ou « To hell and back again » m’enfin…) Le groupe est au max de sa forme, le son un régal. Les guitares érigent un mur de barbelés. Byford siffle à tout va et domine son sujet (sans être un grand chanteur, il a toujours donné le change et bien envoyé la purée). Tous les titres sont un peu plus rapides que sur album (le temps béni ou on ne jouait pas au clic en studio et en concert) et comme souvent sur les bons disques live, le travail des deux guitares (en stéréo donc) combine puissance et complémentarité. Pour le reste : « Wheels of steel » dure plus de 8 minutes, hurlée par le public et « Machine gun » clôt le disque dans un feedback apocalyptique. Une bonne décharge. Du putain de hard rock. Rien à ajouter.

Power and the glory [1983]
Après une grande ligne droite bien tracée et jalonnée de réussites majeures, Saxon négocie mal son premier virage et rate Power and the glory. Pourtant rien n’a vraiment changé, l’album brasse les mêmes ingrédients sans jamais que la mayonnaise ne prenne. Résultat, des titres faibles. Quelques bons riffs, celui de « Redline » notamment, « This town rocks » déménage bien, mais pas grand-chose d’autre. Le groupe est fatigué : 5 albums, 1 live et les tournées qui vont avec en 5 ans, un sacré rythme. Une embardée que l’on pardonnera, évidemment.

Crusader [1984]
L’un des disques les plus populaires du groupe. L’intention est claire : voguer vers l’Amérique (« Sailing to America ») pour la conquérir avec avec un disque taillé pour ce type de périple. Le son : énorme par rapport aux productions précédentes. Crusader s’éloigne du Saxon rock’n’roll qui travaillait à la hache. Ici tout se raffine : les guitares noyées d’effets, les chœurs nombreux et sucrés. Côté compos les anglais cherchent le hit single qui leur ouvrira les portes des charts américains (ils en ont pondu au moins un, « Sailing to America » justement). On trouve aussi un hymne, lent, pour les stades, « Just let me rock », une grosse poignée de chansons plus ou moins efficaces (« Bad boys (like to rock’n’roll) », « Rock city », « Run for your lives ») et même une tentative (ratée) de ballade guimauve avec « Do it all for you ». Quant à la chanson titre, « Crusader », il s’agit d’un gros machin vaguement épique aux paroles un peu puantes (mais probablement écrites sans mauvais esprit).
L’américanisation de Saxon ne se passe pas trop mal mais le registre choisi n’est pas le sien. On sent le groupe en décalage avec sa propre identité avec la ballade ou le très Twisted Sister « Rock city ».

Innocence is no excuse [1985]
Saxon persiste. Il veut percer aux Amériques et conçoit Innocence is no excuse pour le marché US : production (batterie massive, grattes sucrées, chœurs de stadium), riffs typiquement californiens, refrains quasiment tous chantés par des « chœurs de supporters », claviers en soutien… Quelques titres un peu plus rapides, mais globalement on se cantonne dans le mid-tempo hard US (faut pas brusquer le bouffeur de pop-corn). Jusqu’à la pochette qui s’américanise. Finis les aigles, les motos et les poings levés. Cette fois, une Eve rousse aux lèvres charnues croque la pomme du péché. Au dos, un talon aiguille. Le groupe chasse clairement sur les terres de Van Halen, Quiet Riot et autres Mötley Crüe sans avoir le fun et le sex-appeal des entertainers américains (être David Lee Roth est un métier !). Stratégiquement l’erreur est fatale : à force de racoler outre-Atlantique, Saxon en oublie de soigner sa fan-base européenne, moins facile à manœuvrer avec ce genre de sucreries et davantage « jean et cuir ».
Innocence is no excuse se révèle tout de même meilleur que Crusader. même si son homogénéité ne permet pas d’en retenir des temps forts ou faibles. « Broken heroes », une fausse ballade très réussie, est finalement la seule chanson marquante. Le reste ? Que des hymnes, assez similaires voire interchangeables, mais très agréables à écouter.
La réédition de cet album met particulièrement bien en valeur la production de grande qualité. Un disque étrangement sophistiqué pour un bon résultat artistique, mais qui fera glisser le groupe sur une pente plus que savonneuse.

Rock the nations [1986]
En quatre titres, Saxon revient en force. L’hymne d’ouverture « Rock the nations » à faire headbanguer les stades, le dramatique « Battle cry », le tube « Waiting for the night » et le gros rock « We came to rock ». « You ain’t no angel » conclu mal cette première face fort réussie. On n’aurait jamais du tourner le disque en fait… Parce qu’à part le très fun « Party ’til you puke », un rock’n’roll speedé avec Elton John en guest star (au piano bien entendu), le reste, tout en lourdeur, ne décolle jamais.
Bilan cinq titres réussis sur 9 et un petit retour en arrière avec un album moins américain que le précédent. Mais la moyenne reste basse pour un groupe habitué aux disques homogènes.

Destiny [1988]
Alors que l’époque est au durcissement (le boss du moment ? Metallica !), Saxon court toujours après ses chimères US. Les fans se désintéressent peu à peu du gang anglais et celui-ci ne trouve rien de mieux à faire que de sortir Destiny. Une vaste plaisanterie. Un album de hard FM mal fagoté, vulgaire, peu inspiré. Des textes débiles de types qui attendent que le téléphone sonne comme la première adolescente venue (la daubasse « I can wait anymore »), des claviers piqués à Rick Astley (« Calm before the storm ») ou à Van Halen (le riff de « We are strong »). Sur « S.O.S. » Byford évoque le naufrage du Titanic et c’est à se demander s’il ne chante pas l’agonie de sa propre formation sur fond de claviers calamiteux. Et ne cherchez pas les riffs, il n’y en a pas.
The power and the glory est un mauvais album, Rock the nations est à moitié raté mais Destiny est honteux. Un mauvais souvenir dont on n’est pas fier et que l’on voudrait effacer.
Deux titres surnagent tout de même : « Ride like the wind » (reprise très réussie de Christopher Cross) et « For whom the bell tolls », une chanson du même tonneau que « Battle cry ».
Beaucoup de fans décrocheront à cette période, loupant ainsi les albums suivants. En 1988, Saxon est mort. On allait passer de sales années 90 à supporter le black metal.

Rock’n’roll gypsies [1989]
Je plaide coupable. Je n’ai jamais écouté ce live. À noter que c’est un album simple, comme le premier Eagle has landed et contrairement à ceux qui suivront.

Solid ball of rock [1990]
Cinq ans passés à tenter de séduire les foules. Cinq ans pour réaliser que le « petit peuple metal » ne représente pas la majorité. Que le grand public s’en tape sévère de Saxon et de son hard rock pour film de teenager. Le public est passé à autre chose (Nirvana) et l’heure n’est plus aux permanentes, aux murs de Marshall et aux futes moule burnes.
Saxon rentre au bercail. De ses tentatives « commerciales » il gardera le goût d’une certaine sophistication et des mélodies plus fortes. Le résultat de cette synthèse résonne sur Solid ball of rock, album très réussi et varié. Un peu de rock, pas mal de heavy, de la mélodie, des speederies (« Baptism of fire » !). La prod mixe allègrement l’époque Innocence is no excuse avec la simplicité des disques précédents. En un mot : solide et roboratif.

Forever free [1992]
Deux questions viennent immédiatement à l’esprit quand on évoque ce disque :
1- Comment peut-on accepter une pochette aussi moche ?
2- Comment peut-on croire que deux bons titres sauveront un disque du naufrage ?
Faisons l’inventaire : « Forever free », « Can’t stop rockin », percutants, mémorables. Le reste s’avère inconsistant. On cherche, on fouille. En vain.

Dogs of war [1995]
Trois ans entre les deux albums. Une éternité pour Saxon qui pond ses disques avec une régularité métronomique (faut bien payer ses impôts). Après ce Forever free tiédasse, Saxon revient en assez bonne forme avec un disque globalement très heavy mais tout de même varié. Si on met de côté les deux titres vraiment moyens (« Give it all away » et « Walking through Tokyo ») il nous reste une chanson heavy blues (« Don’t worry »), des boulets de canon (« Dogs of war », « Burning wheels »), du heavy rock’n’roll (« Big twin rolling (coming home) »)… Et un tube. Un ovni. Une chanson qui dépareille complètement avec tout le répertoire du groupe. Une chanson de Desmond Child sans Desmond Child mais aussi réussie que s’il en était l’auteur : « Hold on » (une référence à la belle Suzy de Wheels of steel ?)… Byford est méconnaissable sur le refrain, noyé dans le chœur d’un de ses camarades (je me demande bien qui). Et le voilà qui nous raconte l’histoire de Jenny et Billy… Pour preuve du lien avec « l’œuvre » du bon Desmond C. au-delà de l’aspect strictement musical, voici le texte du premier couplet de « Hold on » et ceux de « Living in a prayer » (Bon Jovi, album Slippery when wet) et de « Hide your heart » (Kiss, album Hot in the shade et Ace Frehley, album Trouble walkin’).

« Hold on »
Jenny lived at home a perfect little home
She had everything a girl could ever dream of
Only one thing wrong she had a restless heart
She was looking for some love and understanding
Then Billy came along and sang his rebel song
She could see in him something to believe in
And then they fell in love they couldn’t help themselves
But will her family understand their reasons

« Living in a prayer »
Tommy used to work on the docks
Unions been on strike
Hes down on his luck…its tough, so tough
Gina works the diner all day
Working for her man, she brings home her pay
For love – for love

« Hide your heart »
Johnny saw her riding on a street car named Desire, his fate was sealed
She could see him coming like a hundred other liars, it was no big deal
Rosa had a lover on the shady side of town, Tito, he was king of the streets
She was his possession like a jewel on his crown, Johnny better run, better run

Même musique, même procédé narratif… La ressemblance est troublante et surtout incompréhensible : je doute que Saxon ait jamais espéré promouvoir un album intitulé Dogs of war (et son hideuse pochette) avec une bluette hard US. Mais la chanson est bonne et enrichit l’album. C’est le principal.

Deux autres titres sortent carrément du lot : le tribal « Great white buffalo » et « Yesterday’s gone » tout en colère froide. Album iconoclaste à la production glacée voire « synthétique », Dogs of war surprend agréablement. Probablement pas un classique ou celui que l’on conseillerait de prime abord. Plutôt un disque pour les habitués qui découvriront Saxon sous un angle légèrement différent.

The eagle has landed – Pt 2 [1996]
Deuxième de la série de lives rapaces, ce double tue. Le son est brut, énorme, et l’ambiance concert palpable. Un bon mélange de classiques (« Wheels of steel », « Princess of the night », « Denim and leather »… ») et de chansons extraites d’albums récents (« Solid ball of rock », « Great white buffalo »…). Du bonheur en rondelle. Seule réserve, les solos de guitares des deux gars, inutiles bien entendu. Un must de la disco du groupe, et un must des albums live tout court.

Unleash the beast [1997]
Stop ! Arrêtez tout. Faites fondre les canons, trouvez un piédestal, convoquez la presse. Vingt après ses premiers efforts Saxon reste capable de sortir un grand disque. Le fauve est lâché : Paul Quinn, chauve et gras riffe comme un jeune loup efflanqué de 18 balais. Biff fait trembler les murs. Tous les titres (à part la ballade finale, évidemment) accrochent l’auditeur dès la première écoute. Un song writing impeccable. Unleash the beast se hisse au rang des classiques du groupe. À placer au côté de Strong arm of the law ou Denim and leather.

The BBC Sessions [1998]
Un double live regroupant des enregistrements de 80, 82 et 86. Pas écouté.

Metalhead [1999]
Avec un titre pareil et après la déferlante Unleash the beast, on s’attendait à une nouvelle tuerie. Quelle déception. Saxon se la joue rollercoaster. Roi de la montagne (d’argent ?) le voilà qui dégringole comme un grosse otarie bourrée à la bière (ne me demandez pas ce qu’une otarie fait en haut d’une montagne, c’est une licence poétique). Mauvais ! Vous vouliez du heavy ? En voilà. Des kilotonnes de rythmiques pachydermiques coulées dans le bronze le plus mou, un « non chant permanent »… Affligeant. Et surtout, ne cherchez pas les riffs, y en a pas ! Aussi détestable que Destiny, c’est dire. À descendre aussi bas ils ont du croiser Virtual XI ou Jugulator.

Killing ground [2001]
L’album pourpre. La spirale infernale continue. La machine à perdre. Et toute la presse (spécialisée) d’encenser ce machin, hypnotisée par une reprise du « Court of the crimson king » de King Crimson. Tu parles. Z’ont jamais écouté Saxon ou quoi ? Killing ground se complait dans le méga lourdingue, le pas mélodique, le non inspiré, englué, enfermé dans ce carcan plombé. « Killing ground », « Deeds of glory » ou « Rock is our life » surnagent à peine. Dossier suivant !

Lionheart [2004]
Moins bien que pire, c’est possible. Jetons un voile pudique sur ce ratage (pour les détails, reportez-vous à Metalhead, c’est le même).

The eagle has landed – Pt 3 [2006]
Idée marketing ou hommage (payant) aux fans, Saxon part en tournée en ne jouant que des vieilleries. Comme Maiden ? Oui, voilà. Le résultat est forcément bon et le groupe en tire un double Eagle dont le premier CD est consacré à cette fameuse tournée. Le second propose, quant à lui, des titres extraits en très grande majorité, des bouses les plus fraîches et les plus odorantes. La comparaison des deux CD ne tourne évidemment pas à l’avantage des chansons récentes. On écoutera donc la première galette en se délectant de l’énergie et de la production très crue (plus crue c’est que ça bouge encore). A 50% pour les fans à 50% pour les sourdingues.

The inner sanctum [2007]
Après la trilogie métallico-laxative, j’attendais The inner sanctum comme un nouvel Iced Earth : avec indifférence.
Heureusement l’album est assez réussi. Ouf. The inner sanctum varie les plaisirs. Les deux énervements de rigueur (« Need of speed » et « Let me feel your power », curieusement placés au début du disque, sonnent comme des chutes de studio de Metalhead ou Lionheart. On les zappera sans pitié pour se délecter d’une des plus belles chansons de l’album, « Red star falling ». Un titre lent et majestueux, un « Eagle has landed » réussi ou un « Broken heroes » heavy.
The inner sanctum n’atteint pas le firmament comme, encore une fois, la presse veut nous le faire croire. Juste un disque honnête et sympathique, qui semble incroyablement génial après trois mauvaises sorties. En attendant que le groupe lâche à nouveau la bête et botte à quelques culs.

Into the labyrinth [2008]
Je pourrais donner mes deux mains pour un bon nouvel album de Saxon. Comme vous le constatez, j’ai tapé ces lignes sans difficulté.

Call to arms [2011]
Il suffit d’un riff et quelques bons refrains. « Chasing the bullet », « Hammer of the Gods » (vieillot et US en même temps !), « Surviving against the odds » (joie joie joie joie). Ça ou un peu de swing (« Ballad of the working man »). Comme souvent désormais, des lourdeurs (« Back in 79 », « Call to arms ») encombrent et des machins speedent droit dans le wall (« Afterburner »)
Un bilan positif pour un retour aux affaires qui, sans être fracassant, donne à écouter du Saxon pur jus, varié et un poil inspiré.

Sacrifice [2013]
Un peu plus metal que son prédécesseur, Sacrifice est également plus faible. Trois titres vraiment forts : « Warriors of the road » nouveau « Motorcycle man », « Guardians of the tomb » mélodique au break assez raffiné, « Stand up and fight » très classique. Pour le reste on passe du quelconque (« Night of the wolf », « Standing in a queue », « Made in Belfast », « Wheels of terror ») à du bourrin (« Sacrifice ») ou à un mauvais remake de « Kashmir » (« Walking the steel »). L’ultra fan que je suis se contente des trois excellents titres cités plus haut et du plaisir de retrouver le groupe à ce niveau, mais je ne peux pas non plus conseiller l’album aux « gens normaux ». 3 chansons ne font pas un bon album.

Battering ram [2015]
Voir Lionheart.

Thunderbolt [2018]
Voir Battering ram.

Saxon est l’exemple même du groupe ‘ »à l’ancienne ». Une discographie imposante et inégale, des prestations live qui lui ont permis de se forger à la fois une solide réputation mais aussi de survivre en des temps où les regards se sont détournés.
Le groupe n’est jamais parvenu à décrocher la timbale. L’oublié de la new wave of british heavy metal alors qu’il en est l’un des trois survivants. Représentant encore debout d’une époque révolue, qui a su, comme Maiden, AC/DC, Motörhead ou Judas, évoluer, lentement, s’astreignant à toujours incorporer de nouveaux éléments dans sa musique, sans perdre de vue les fondamentaux…

Iron striking metal the sound of racing steel
That’s all I ever wanna hear, it’s music in my ears

 

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