Révisionnisme

C’est bien connu, l’Histoire ne sert à rien (même si elle se venge), elle a la mémoire courte chez les vivants et ne retient bien souvent que les grands gagnants. Alors on l’adapte, on la reconstruit (voire on fait son beurre avec). Qui se souvient du front russe ? Du génocide amérindien ? Ou encore du Code Noir ? On préfère les légendes qui nous rassurent aux vérités qui dérangent. Quitte à avaler tous un peu la même soupe d’une version officielle. Quitte encore à s’asseoir sur certains faits, à oublier le contexte de tout. Par chez nous, en France, sévit le même phénomène : on fantasme sur un pays de courageux résistants, on fait passer notre colonialisme pour pacifique, on survend mai 68 tandis que la Révolution de 1789 nous est dépeint comme un grand chemin vers la liberté, les droits de l’Homme et tutti quanti. Pour chaque version officielle, une doxa intellectuelle se met en place et classe tout contradicteur en révisionniste, en complotiste, en illuminati ou tout simplement en affabulateur.

Dans le Metal, même chose. Il y a des discours officiels, des mythes et légendes, des réalités qu’on oublie. On fait passer des crétins congénitaux pour des génies méphistophéliques (BM), certains artistes passent pour vaches sacrées tandis que des groupes sont portés au pinacle « par principe », on met un genou à terre face aux succès des charts en se disant que si un album s’est vendu à autant de millions alors ce ne peut pas être de la merde (Guns) quand tout simplement on confond par commodité artisanat et Art pour rendre plus important ce que nous écoutons et que nous chérissons trop souvent pour de mauvaises raisons. Alors sont déclarés « cultes » des épiphénomènes, le glorieux passé d’un groupe fait oublier son fonctionnariat (Iron Maiden) et les fans réévaluent sans cesse à l’aune de leur amour ce qui est important de ce qui ne l’est pas. Jusque-là, rien de nouveau sous le soleil.

Mais c’est dans la remise en question de l’ordre des choses, dans le révisionnisme de cette histoire officielle que le Metal fait mal les choses. C’en est même devenu une nouvelle tendance. Sur le Net, essentiellement (car c’est là désormais que tout se passe). Des hordes de crétins, jeunes hardos ignorants – mais pas que – par vagues entières reviennent sur l’Histoire de notre musique et révisent tout. En prenant notre musique par le petit bout de la lorgnette, le Metal n’en ressort pas grandi. De nos jours, il est alors de bon ton de décréter que « Master of Puppets » ne vaut que 3/5, que « Reign in Blood » hein n’est pas si culte que ça tout en saluant la longévité de AC/DC (infoutu de pondre un bon album depuis 1980) et après avoir copieusement oublié le grand ZEP.

Le problème n’est pas bien entendu de respecter « par principe », de déclarer intouchables ou non certains artistes. Non, l’écueil tient dans la mésestimation de l’ensemble, de ce que revêt le Metal au sens large. Mais pour que cela fusse un tant soit peu opérant, il faudrait pour cela tenir compte des époques, des modes et adosser cela à une certaine analyse critique et objective, s’intéresser un minimum à des sujets aussi différents comme le « son », la production, le sens de la composition ou la technique musicale. On ne peut pas non plus maîtriser chaque pan de ce que peut revêtir la Musique, mais se baser uniquement sur son feeling ou son ressenti à l’instant « t » aboutit au monceau de carabistouilles qu’on peut lire sur le Net ces dernières années. Précisément ce point qui fait que la violence de Motorhead risque au fil du temps d’être de moins en moins « comprise », que des groupes importants historiquement parlant (qui mériteraient pour le coup le statut de « vaches sacrées ») comme Van Halen ou Scorpions seront certainement de moins en moins écoutés et de plus en plus mésestimés par toute une nouvelle génération de hardos élevés au 2.0.

Comme souvent, Internet est le « responsable » du bouleversement. De cet avant / après qui fait que les vieux, les sages et les « qui savent » vont progressivement s’éteindre comme de vieux dinosaures, des hordes de jeunes loups débarquent dans la place pour mordre aux mollets les légendes. Cela fait maintenant une génération que le Metal est repeint à coups de blogs, de posts sur les réseaux sociaux ou dans les forums. Les méfaits de Youtube, du downloading, du streaming et consorts – associés au rythme effréné des sorties, actus, news – sont désormais visibles. Une vague d’ignorance massive a recouvert notre musique. Sabaton est traité sur le même plan que Maiden, « Load » vaut bien « Ride » et le moindre micro genre est porté au pinacle.

Remettre en cause, oui. Contester, refuser un ordre étable itou. Naturellement, cet état d’esprit colle à notre musique de refus, de l’opposition. Mais comme ce révisionnisme n’a de base qu’une série d’approximations, est le produit d’un pensée déstructurée et décontextualisée ; les échelles de valeurs s’en retrouvent bousculer inutilement, pour laisser un grand chaos, un désordre de la pensée au sein duquel tout le monde raconte à peu près n’importe quoi.

Alors quitte à mal faire les choses, autant passer directement au nihilisme (pour ne pas dire au négationnisme). Telle est ma proposition : nier. Tout. En bloc.

Le nihilisme donne une bien meilleure teinte aux crétins. Car, au moins, il a le mérite d’obliger à tout réévaluer, à répartir de zéro façon « doute hyperbolique » à la Descartes. Hardos du monde entier, pensez par vous-même et remettez tout en cause intégralement. Fuyez les avis d’autrui, les réseaux sociaux, les sites de chroniques bâclées. Plongez en vous-même, à l’intérieur de notre musique pour vous frayer votre propre chemin vers la Vérité. Vous verrez, au bout du tunnel, après maint années de recherche et d’analyse, on se retrouvera autour d’un 6/5 à « Master » ou « Reign in Blood ». Par-delà les gouts personnels de tout à chacun, on devrait arriver aux mêmes vaches sacrées, aux mêmes conclusions (sur fond de Thin Lizzy) car comme dans tout, il y a ceux qui savent et … les autres.

Leave A Comment