Quiet Riot • Metal health

Parlons quantité. Kilos de riffs, mégatonne de mélodies, bassines de paroles… Combien ? Quelle quantité de musique peut produire un musicien rock ? L’œuvre de Mozart représente deux cent heures d’écoute soit dix jours non stop (à une vache près, c’est pas une science exacte). Extrême. Chez nos groupes bien aimés ça donne quoi ? Une dizaine d’heures à tout casser en en étant exhaustif : du live au japon au best of, en passant par les maxis que personne n’a jamais achetés, etc. Mais si on s’en tient au bon grain, à la crème de la crème, au caviar, on dépasse rarement la barre des quatre ou cinq albums, soit moins de 3 heures de musique. Essayez, ça marche avec tous les groupes : Metallica ? Cinq albums maxi si on veut être vraiment sympa). Gamma Ray ? Quatre.  Accept ? Quatre. AC/DC ? Quatre. Etc. Ça fonctionne même avec les Beatles ou Led Zep. Parce qu’au delà des 4 vous direz « il est bien mais… ».

Et certains se contentent d’un seul disque et d’une quarantaine de minutes. Quiet Riot par exemple. En un album, le premier sorti internationalement pour cette formation (la précédente comprenait Randy Rhoads), tout est dit. DuBrow et ses boys battent le fer sur Metal health comme si leur vie en dépendait. Mais dès Condition critical, c’est foutu. Ça pédale dans la semoule, ça s’enlise, ça rame… Parce que ces gars là n’avaient que 40 minutes de bonne musique à nous raconter. 9 foutues chansons. Je ne compte pas « Battle axe », exercice éruptif relevant plus de la méthode Coué (« je joue aussi bien qu’Edward, je joue aussi bien qu’Edward, je joue… « ) qu’autre chose. 9 perles (enfin… 8… j’ai jamais pu encadrer « Let’s get crazy », mais je chipote) pour un album impeccable, varié, puissant, festif, triste, joyeux, jubilatoire, jouissif…
Quiet Riot propose un glam plombé, hard US toujours à la frontière du hard et du metal, au même titre que le jeune Mötley Crüe (période diabolique), la boucherie en gros de chez WASP ou les emperruqués de Twisted Sister.

« Metal health » ouvre le bal, riff mongolien, refrain pour footeux avinés et hard rockers illettrés (« secoue ta tête, je vais te rendre dingue », vaste programme). Enchaînement avec « Cum on feel the noize », tube déjà usé par ses créateurs (Slade) : mais l’occasion est trop bonne, Kevin DuBrow est le clone vocal de Noddy Holder, le hurleur anglais. Quiet Riot en propose une version US calibrée, un peu plus rapide que l’originale, et à même de déchaîner un stade. « Slick black Cadillac » enfonce le clou du fun et des paillettes. Pour le reste le groupe varie les plaisirs, nous laissant littéralement ému et haletant sur « Breathless », énamouré le temps d’un « Don’t wanna let you go »,  les yeux dans le vague pour « Thunderbird »…
Je vous ai déjà fait le coup du disque parfait ? Metal health en est un. Le son est cristallin, et malgré l’âge a conservé son mordant. Cavazo, le Mick Mars « blond », tient la route et ses interventions s’avèrent toujours mélodiques et bien pensées. Enfin, Kevin DuBrow est magistral. Dans un registre braillard, il garde beaucoup de feeling (du grand cintré au plus nuancé).

Par la suite Quiet Riot s’évertuera à reproduire l’alchimie présente sur Metal health, ce mélange unique de fun et d’émotion, de légèreté je m’en foutiste et de chansons calibrées au micro-poil. En vain. Dans la grande histoire de la musique et du rock, Kevin DuBrow et sa bande avaient seulement 40 minutes à nous offrir. Mais ça suffisait.

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