Poison • Discographique sélective

Los Angeles vomit des groupes. Tous les jours. Des dizaines. Des centaines. Et tous veulent devenir Mötley Crüe à la place de Mötley Crüe, une joyeuse équipée, foutraque et cokée, décadente, qui paie ses frasques d’attardés mentaux à coups de millions de dollars.
Et les clubs grouillent de types analphabètes, habillés en femme, tatoués jusqu’aux yeux, péroxydés, plus soucieux de leur rimel que de leur musique.
C’était il y a une vingtaine d’années. Tout ça est mort et enterré (même si Möltey Crüe et Ratt tournent encore !). Que reste-t-il de cette période faste, à part le souvenir confus que David Lee Roth was the boss ? Pas grand-chose. La vague suivante (le grunge) a tout emporté, et la suivante (le néo) à son tour…
Bilan : seuls quelques disques peuvent, sans rougir et fondre de honte, affronter l’auditeur en 2007. Et comme toujours, ce ne sont pas forcément les plus grands qui ont pondu les meilleurs albums (faudra qu’on parle un jour du premier Steelheart).
Poison est la superficialité incarnée. Vision bubble gum d’un monde réduit à une éternelle party, un concours de frime auprès de babes aussi écervelées que nymphos, qui n’aimeraient qu’une chose : finir la soirée sur la banquette arrière d’une Corvette millésimée.
C’est un genre.
Poison était le groupe que les gros thrashers, qui sentaient sous les bras, adoraient détester. L’archétype du groupe qui n’a rien à faire là. Qui est hors cadre. Qui fout la merde. Pensez, ils jouaient de bonnes chansons avec le niveau de technique de Mick Mars, et surtout, surtout, ils étaient pop : sens de la mélodie accrocheuse, du refrain qui claque et de la petite mélodie persistante.
C’est ce qui reste, vingt ans après, des disques de Poison, remplis à la gueule de foutues bonnes chansons.
Et ça, Mötley Crüe ne peut pas en dire autant. Pas vrai ?

Look what the cat dragged in • 1986
Look what the cat dragged in est un disque parfait. C’est à dire ? Le genre que l’on ingurgite aussi vite qu’un rhum-ananas un soir de débauche. Le genre « Déjà fini ? Repeat ! » Un disque à écouter en boucle. Un disque qui rend heureux, le ciel un peu plus bleu, le soleil plus brillant et la nuit un peu plus chaude.
Regarde ce que la chatte a ramené (j’ai tendance à penser que le matou est une dame, allez savoir pourquoi, mon esprit mal placé probablement)… Dix chansons enrobées d’une prod pataude, qui aurait pu embourber l’album si, tout ici, n’était pas hélium pur. Avec Poison on parle plus léger que l’air. Les guitares mordillent, noyées d’un gentil chorus, les chœurs sucrés, la voix acidulée.
L’ombre de Mötley (et donc de Kiss) plane sur tout ça, même si on distingue déjà l’influence plus rêche d’Aerosmith (quelques yakakakakakas trahissent Brett Michaels, la blondasse babillante).
Et tout ça s’envole vers les stratosphères pop sous vernis hard US. Un disque sautillant, frais, réjouissant, jubilatoire. Un petit miracle.

Open up and say aaah ! • 1988
Personne n’avait vu le coup venir avec le premier. Et voici le second. Une sorte de redite du précédent, la surprise en moins. Riffs trisos, solos à un doigt, textes au ras du QI. Et une pelletée de tubes : « Nothin’ but a good time », « Fallen angel », « Look but you can’t touch »…
Poison s’ouvre un peu plus avec ce disque, puisqu’on a droit au paroxystiquement émotionnel « Every rose has its thorn » (nan j’déconne), une ballade cow-boy, selon la mode lancée par le « Wanted dead or alive » de Bon Jovi, sympa mais trop entendue.
Les sonorités Aerosmithiennes sont plus présentes, tout comme l’approche bluesy de C.C. Deville (la folle à guitare). Et puis ils ont sorti l’harmonica sur « Good love ». Ça aussi c’était tendance. Ça ne l’est plus, mais c’est quand même sympa. Un bon p’tit disque quoi.

Flesh & blood • 1990
Le problème des groupes crétins, c’est qu’un jour, ils en ont marre de passer musicalement pour des moins que rien. Z’ont beau vendre des albums par palettes de mille, ça ne leur suffit pas. Ils veulent être re-co-nnus. Mu-si-ciens. Avec Poison on parle là d’une sacrée course à handicap.
Alors les quatre ont tiré la langue et ils se sont appliqués pour sortir un troisième album am-bi-tieux. Carrément le truc casse-gueule pour un groupe aussi plastique. À vouloir être grave on risque surtout d’être lourd. Tout le monde ne réussit pas son « Tchao pantin » (histoire de varier les comparaisons).
La chair, le sang et une pochette gerbeuse. Tout un programme. On n’est pas rassuré. D’autant que Mme Brett s’épanche dans les interviews sur la profondeur du disque, les paroles personnelles, sur son père disparu et toute la sainte Trinité.
Mais il peut être fier le père Michel (jeu de mot). Flesh & blood est effectivement un très bon disque, beaucoup plus sophistiqué que les précédents, dans les arrangements notamment (des tonnes de chœurs et d’harmonies par ci, des guitares à l’infini par là, du piano plus loin). Et C.C. Deville a bossé jour et nuit pour éclabousser d’aussi bons solos. Mais ça valait le coup. Surtout que le song-writing n’est pas en reste : « Ride like the wind », « Unskinny bop », « Life goes on », « Come hell or high water »…
Poison laisse exploser ses influences, intègre beaucoup plus naturellement ses racines blues, gospel, etc. tout en préservant son incroyable légèreté.
Flesh & blood est probablement l’album le plus ambitieux dans le milieu de la blondasse à guitare, et l’une des grandes réussites du hard US / hard glam de ces années là.

Swallow this live • 1991
Poison est le roi de la fête. Les USA dansent sur ses titres, MTV sature les mirettes des jeunes filles en fleur avec les clips du groupe. C’est la consécration. Fallait bien immortaliser ça sur un live. Probablement retouché, il n’en reste pas moins que la prestation du groupe s’avère plus rugueuse qu’en studio, notamment du côté de Brett Michaels, qu’on sent même essoufflé (devait probablement faire pas mal le con en même temps). On se régalera aussi de la performance de ce bon C.C. Deville qui s’amuse à revisiter ses propres parties de guitare. Vraiment sympa. Pour le reste, c’est l’ambiance arena avec hurlements indistincts de jeunes filles en chaleur et autres étanchés à la bière.
Le meilleur se trouve à la fin du disque sous forme de 4 inédits studio, dont deux tubes à tomber par terre : « So tell me why » et « No more lookin’ back (Poison jazz) ». Ces deux bonus là valent à eux seul toute la discographie du Crüe. On croit rêver.
À noter que le disque existe dans deux formats et que je ne saurais trop vous conseiller la version double pour la bonne et simple raison que, « y en a plus donc c’est mieux ».

Après ce début de carrière fracassant pour les amateurs de pop songs rock, Poison s’est séparé de son accro de guitariste. Le début de la fin. Son remplaçant, Ritchie Kotzen, un monstre de technique, pape du sweeping à deux mains et du tapping inversé, avait autant de fun qu’une huître. Native tongue est une plantade monumentale. Un truc vraiment sérieux pour le coup, qui renie l’essence même de Poison.
D’autres disques ont suivi mais la carrière du groupe s’est arrêté en 1991. Pas si dur à avaler finalement, vu la qualité de ces quatre disques.

Mama please, let me go to the show,
I dug those bad boys playing that rock’nroll.

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