Killers, discographie période Merle

Les assassins sont increvables. Premier album en 1985. Plus de vingt ans. Et toujours là. Le groupe a traversé plusieurs périodes. Avec Fils de la haine et Danger de vie d’abord. Deux disques de heavy metal traditionnel : voix suraiguë, thématique vaguement fantasy, histoires fictionnelles. Mais un clash dans le groupe provoque le départ de toute l’équipe (partie former Titan, pour un LP et un live excellents). Dolheguy, la tête de mule en chef, se retrouve seul mais, tête de mule oblige, recrute un nouveau gang pour commencer la deuxième vie du groupe. Pendant trois albums, il s’adjoindra les services de François Merle, actuel boss de Manigance. Et c’est ce qui est arrivé de meilleur à Killers. Dolheguy est un écorché, une brute sauvage, un Basque métallique à la tête plus dure qu’un casque de CRS. Sa musique est à l’avenant. Killers vire progressivement vers du pur speed metal, trépidant et martelé, riffs attaqués sabre au clair, double grosse caisse vrombissant comme un V8 lancé à toute berzingue. Une musique de colère, de haine et de revendication. Dans ce flot d’énergie et cette débauche d’électricité, Merle travaille ses mélodies et chiade ses guitares. La collaboration des deux hommes donnera les trois meilleurs disques du groupe.

Mise aux poing
Mise aux poings est un tour de chauffe assez réussi mais très braillard. La voix éraillée de Serge Pujos, plus rock mais plus limitée que celle de son prédécesseur (Patrice Le Calvez, un Udo à la française), retranscrit à merveille la révolte de Dolheguy. Si l’album défouraille les lignes de chant s’avèrent trop linéaires. La prod, assez crue sauve l’honneur. Elle ne satisfera pas les amateurs de hi-fi bien entendu, mais ces derniers profiteront au mieux de leur matériel avec la prochaine musique de chambre à Air. Dans la baston générale on retiendra « Illusion », « Les fleurs du mal » et « Loin de nous tous ».

Résistances
Avec Résistances, l’équipe ayant trouvé ses marques passera le cran au dessus.
Comme le précédent, ce disque relève du cri de colère. Mais cette fois le groupe canalise cette énergie et contrôle davantage sa musique. Riffs précis, solos mélodiques, amenés, constructions et enchaînements soignés. Les chansons coulent de source, évidentes, rapides, vives, nerveuses. Pujos dose un peu plus son chant tout en gardant un côté très roots. Merle distille des parties de guitare vraiment brillantes (on peut chanter tous les solos) et joue acoustique pour une ballade poignante et inspirée (« Résistances »). Le son, encore très brut, ne dessert pas la finesse de l’ensemble. Vingt ans après, l’album garde son agressivité et dérange (le discours de « Clandestinité » crée autant le malaise que « Instinct de mort » de Trust). Deux titres plus légers clôturent l’album : « Roi du speed » et son franchissement du mur du son et « Longue vie au metal », auto-glorification assez niaise (et second degré) des « brozeurs of metal ».

Les cités interdites
Les cités interdites plus riche instrumentalement voit le groupe franchir une nouvelle étape. Festival : des grattes partout, solos, breaks, plans explosifs planqués dans tous les coins. Une prod beaucoup plus « hi-tech », plus lisse, devenue trop clinquante avec les années. Pujos a quitté le navire mais la différence avec la voix de Dolheguy n’est pas flagrante, leurs registres étant très proches (je préfère quand même Pujos m’enfin…). Avec ce disque, Killers perd un peu en hargne ce qu’il gagne en sophistication, mais réussit son coup. Pour l’anecdote, figure ici une reprise très réussie de « L’aigle noir » de Barbara, titre inattendu dans ce registre qui ne rompt en rien avec les autres chansons.

Après cet album François Merle quitte le groupe. Avec son départ, toute la finesse de Killers se fait la malle. Dommage, le speed limite thrash actuel convainc moins , même s’il garde cette hargne, cette foi à décorner un viking qui lui a permis de traverser les années la tête haute.

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