Gojira • From Mars to Sirius

À force d’écouter de la musique anglo-saxonne sans en comprendre les paroles naturellement, on en vient à oublier que l’on écoute des chansons. Dommage : pour que la chanson donne toute sa force, elle doit être au point de convergence entre les mots et les notes, pour devenir un univers à part entière, une bulle cohérente où le texte renvoie à la musique, où la musique illustre ou contraste le texte, et provoquent l’émotion chez l’auditeur.
La sphère rock n’a jamais brillé par ses textes. Si certains artistes ont été des « porte-paroles » dans des périodes de changement ou de crises (Dylan, les Pistols, etc.) les OS du rock n’ont gratté que des chansons d’amour à la poésie maladroite ou des histoires de cul niveau régiment.
Dans ce cadre, l’amateur de sensations électriques appréhende le chant comme une simple ligne mélodique, vide de sens, le temps passé à décortiquer un livret étant synonyme d’ennui, voire de consternation (je vous renvoie à l’ensemble de l’œuvre de Mötley Crüe pour exemple). Dommage. Une chanson « sans texte » se voit amputée de la moitié de sa raison d’exister.

Forts en thèmes
Mais à quel point le texte (ou la thématique) peut provoquer l’intérêt pour une musique qu’a priori on n’écouterait pas ? C’est la question posée avec ce disque de Gojira. Le death est une musique bourrine où la rapidité d’exécution et les voix de pochtron en pleine restitution ont tout pour décourager l’amateur de mélodie et de chanson. À part quelques représentants de la vague death mélo (et le groupe Death lui-même), aucun combo du genre ne m’a séduit. Jusqu’à Gojira.
Ces Landais produisent un death metal inspiré par l’écologie et les forces naturelles. Probablement une première dans le domaine. D’ordinaire les groupes de « mort métal » aiment à se complaire dans la description précise de la folie humaine (serial killers, guerres diverses…) dans des textes fictionnels ou inspirés de faits réels. Alors le metal de la mort inspiré par la vie… Voilà un paradoxe.

Je suis l’océan
Et quand on écoute le disque… On entend bien cela : les rythmiques monstrueuses de lourdeur évoquent la puissance de l’océan en colère, la violence d’un cyclone, les forces mystérieuses et cosmiques qui régissent la Création. La voix hurlée ajoute à ce côté implacable et millénaire de l’Univers face à l’Homme, alternant colère et plainte, fureur et lamentation (le final de « To Sirius », « From the sky »…).
En douze titres Gojira nous malmène et pilonne sans discontinuer, jouant sur la lenteur, la pesanteur (même les blast beats dégagent quelque chose de massif), aidé par une production d’une très grande clarté : seules quelques rares plages aériennes, gracieuses (« From Mars », « Gobal warning », l’intro de « Flying whales », « Uncorn ») donnent le temps de reprendre sa respiration avant de repartir dans un voyage étouffant. Les guitares mêlent à leurs riffs monolithiques quelques lignes mélodiques. On ne les remarque pas toujours. Elles se révèlent au fil des écoutes.
L’album baigne dans un mysticisme naturel, frôle la SF, évoque la métaphysique. Le contraste entre cette ambition et le choix d’une musique brutale s’avère troublante.
From Mars to Sirius, disque prenant, fascine, mais demande à être « maîtrisé », le tableau étant d’autant plus mis en valeur qu’on s’intéressera au propos.

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