Ghost • Infestissumam (2013)

Infestissumam fait partie des albums que j’ai « attendus ». Sans impatience (j’ai passé l’âge) mais avec une petite anxiété, mélange d’envie du « retour » et de crainte du raté. Si je remets une grosse tartine avec ce disque après avoir encensé le premier, vous vous doutez bien que Ghost a transformé l’essai (métaphore sportive en bois). Et bien que la surprise effarante du premier album ait été digérée, assimilée, le groupe parvient encore à surprendre le fan transi.

Grâce à une production et des arrangements un peu étoffées, vocalement notamment. Les chœurs, entre chants grégoriens et harmonies inquiétantes parsèment les compos et réussissent, avec peu d’ostentation, là où Tobias Sammet échoue depuis x albums (x étant inversement proportionnel à votre fanatisme pour le bonhomme) : donner de l’ampleur et de la majesté à pas grand chose.

Pas grand chose reste le maître mot chez Ghost. J’ai l’impression depuis le premier album d’écouter des bras cassés du niveau de Black Sabbath, voire pire. Le genre de nullos qui, de par leur incompétence crasse, se voient tenus d’inventer et d’innover sous peine de sombrer dans l’oubli et les abysses de la médiocrité. Si Ghost n’éblouit jamais par sa virtuosité instrumentale ou vocale (les vidéos live confirment), il assoira tout amateur de mélodies. Et c’est bien au sacre de la mélodie, fut-il satanique, que l’on assiste.

La mélodie (de chanson entends-je) a des valeurs égalitaires. Les musiciens, quelles que soient leurs compétences, se retrouvent nus comme au premier jour face à elle. La preuve John Petrucci ne sait pas vraiment de quoi on parle, et les types de Ghost en pondent 20 par albums. Pops, inquiétantes, légères ou plombées, les mélodies infestent Infestissumam pour le plus grand bonheuryoupipop de l’inoxydable auditeur (oui je parle aussi pour vous, j’envisage même de créer un courant de pensée voire une secte, j’ai pas encore tranché).

L’ambiance générale se montre plus doucereuse que véritablement « satanique », flirtant même avec l’Angleterre des Fab Four. Et si les fragrances méphistophéliques demeurent, elles évoquent davantage le parfum légèrement écœurant des fleurs pourrissantes de cimetières lumineux, que la putrescence cryptique (j’essaye de donner un p’tit côté intello du black metal à mon article… faut que j’arrive à placer « tellurique » et « force de l’esprit » maintenant).

Ghost l’annonce dans ses interviews, son but reste de « convertir » ses auditeurs au satanisme (ou à quelque chose qui s’en rapproche) via une musique très accessible. Je n’y crois pas. Je pense qu’en vérité, les Ghouls sont des metalheads qui rêvent de jouer de la pop (les reprises des Beatles et d’Abba étayent cette théorie). Du coup ils ont enveloppé leur musique d’un folklore et d’une imagerie débile capable de donner le change et de préserver leur crédibilité metal auprès des intégristes. Je ne vois pas d’autre explication à ces tenues ridicules et ces textes navrants (sur le fond, la forme se montrant honnête).

Las, autant les prévenir dès à présent, cette stratégie ne paiera pas. Les chœurs religieux, les quelques tensions harmoniques et l’imagerie en carton maintiendront les profanes à distance, alors que l’absence de puissance et d’énergie ne convaincra pas les amateurs de pur metal.

Bref, seuls les inoxydables mélomanes (et assimilés) trouveront leur compte chez Ghost, alors même que le monde entier devrait se rendre compte du talent de cette fine équipe.

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