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Enforcer • From beyond (2015)

A ma sainte mère et mon vénérable paternel qui s’épanchaient quant à mes nouveaux penchants métalliques, étouffant un sanglot à la seule évocation des hurlements s’échappant de mon antre (au bout du couloir) et de ma fidèle veste à patches (Eddie au dos, Manowar sur le heart of steel), une connasse patentée, une de ces bourgeoises de gauche, pas tout à fait caviar mais un peu foie gras tout de même (elle tenait une épicerie fine), a glissé, la moue compatissante et le geste désinvolte, « C’est de son âge, ça lui passera ».
Je ne sais pas si cette phrase a rassuré mes vénérables géniteurs. Un instant peut-être… Comme tous les parents, ils estimaient probablement tout savoir de moi. Une erreur commune. Mais à l’époque, ils ne me connaissaient pas bien. Comment cerner un ado encore en phase de « cuisson » de toutes façons ? A moins d’élever un crétin à crampons je ne vois pas.
Du haut de mes 44 printemps, ou hiver, ou mois de juin, voire de 17 mars, je peux vous affirmer que la connasse patentée n’avait rien compris, pas plus que mes adorables vieux. Cette nouvelle riche, bardée de certitudes comme elle l’était de son pognon, de sa piscine et de son bon goût Télérama (j’ai rien contre, j’suis abonné, me faites pas chier), avait visiblement l’intuition d’un Cahuzac qui met son blé en Suisse pensant qu’on ne l’y prendrait pas. Elle avait lu tout Dolto, s’était mangé des pensums sur la révolte adolescente, tout à son idée qu’on ne pouvait décemment pas s’engueniller de la sorte ou s’assourdir des crissements de scie sauteuse par goût ou par choix.

Madame D est une connasse
Et pourtant si, madame D, on peut. 30 ans durant même ! Sans débander ou presque. Parce que si vous appréciiez Beethoven (tell Tchaïkovski the news !) et le foie gras de canard, vous tâtiez le premier sur un poste radio à piles et dégustiez le second à même la boîte en ferraille, alors que votre dévoué ado attardé se paluche encore sur du Manowar en hi-fi et marque une préférence pour le mi-cuit d’oie avec bocal en verre et étiquette manuscrite, merci.
Et oui très chère connasse, y a des trucs qui ne changent pas. Et notamment ma détestation pour tous ceux de votre engeance : ces donneurs de leçons sur le vrai et le faux, la passion ou la passade, les gens qui ne vous ressemblent pas et qui devraient. Vous étiez méprisable et vous l’êtes toujours, 30 ans après, vous qui, vide de passion, vide d’énergie à part celle de faire la leçon à mes gentils vieux qui ont eu l’intelligence de me laisser faire mes choix, vide de toute esthétique propre, de toute éthique, manquant à ce point de cette souplesse intellectuelle qui permet de « se mettre à la place de », péroriez dans le vide et pérorerez encore dans la tombe parce que le marbre c’est chic mais c’est un peu tape à l’œil.
Je vous hais donc.

Sourdingue à vie
Et si le hard rock, le metal et toutes les musiques différentes, inécoutables et de mauvais goût existent, c’est bien, entre autre, parce que vous même, existez. Pas pour vous être désagréable mais bien pour me permettre de vous supporter, de vous côtoyer sans penser au meurtre, au djihad ou au bannissement à vie par défenestration immédiate.
Que les journées sont longues, emplies de gens sans parole, de mous de la décision, d’incertains de l’amitié, de salopes de l’ambition, de flics de la pensée, de compressés du bulbe, de girouettes de l’idée, de putes du sentiment, de vautours du portefeuille, d’intrigants, de corrompus et d’hommes (et femmes) de peu.
Je vous conchie.
Tous.
Sans appel. Je vous souhaite le réchauffement climatique le plus rapide et la fin la plus douloureuse, et tant pis si j’y reste au passage, je partirai dans un grand rire.
En attendant, j’écoute le dernier Enforcer.

Heavy létal
Un disque de pur heavy / speed metal. Comme je les aimerai jusqu’à la mort. Du genre qui me botte le cul et me rappelle qui je suis. Le glandu en veste à patches. En lutte. Seul contre tous, comme toujours. Situation délectable ou, acculé, dos au mur, vous ne doutez plus de vos arrières : du béton et de la brique. Rassurant. Et en face ? Des connards.

Pas de quartier.
Enforcer, en 2015, arrive encore à transmettre ce sentiment d’urgence en tailladant à tout va, en charcutant, en fonçant tête baissée, hurlant son existence et son identité. En spandex, crinière platine et ceinture à clous.
Et si le punk occupe depuis des années une grande place dans mon quotidien, il me suffit d’un disque comme celui-ci pour me souvenir. Pour repartir. Parce que, c’est pour la vie et que je l’ai toujours su. Dès l’intro vénéneuse de « Bad boys running wild », cette descente barbelée tout le long de l’échine… Perdu en deux mesures le gars !
J’avais déjà fait ma déclaration à Enforcer lors de la sortie de DiamondsDeath by fire m’avait un peu déçu. Avec From beyond, Enforcer revient de par delà le mur de la sieste et aligne un speed oscillant entre Riot, le Saxon maniaque des premiers albums, le Kill’em all de machin et le Peace sells… de l’autre (« Hell will follow »). Mais comme on le savait déjà et on l’entendait depuis 3 disques il fallait bien de la nouveauté. Et là, on dégustera sans modération des titres plus heavy (où Maiden rapplique), plus « ambiancé » comme « Mask of red death », « Below the slumber » (en boucle çuila).

Class 84.
Si perdure le goût pour le riff et les guitares tranchantes, on notera également une recherche mélodique plus poussée sur les lignes de chant et au niveau des arrangements de guitare : sans délaisser son approche hystérique du jeu lead, Enforcer a peaufiné des parties joliment harmonisées, intégré des sonorités légèrement néo-classiques et je parle pas des breaks « épiques » qui font rien qu’à débarouler de partout.
Autant dire que le fan de heavy metal pur jus est à la fête face à ce festival de guitares et de tempos speedés.

Le mur du çon
Sachez donc Madame D., au delà de toute la haine et du mépris que je vous porte, que je supporte votre coexistence et celle du monde auquel vous appartenez grâce à des disques comme celui-là qui, soigneusement empilés jusqu’au panthéon où siègent déjà Wolf Hoffman, Dio, Rudolf Shenker et un paquet d’autres, me protègent de votre présence, de vos miasmes de pensées et de l’idée même de votre possibilité.
Mais quand la meute se rapproche et que je sens derrière moi la brique rêche et le béton rugueux, éternelle petite frappe je sors mon cran d’arrêt Enforcer. Un éclair de lune frappe mon inoxydable lame.
Vous ne m’aurez pas vivant.

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6 Commentaires

  1. MrPropre 13/03/2017 à 15:30 - Répondre

    Merci REM pour ce grand moment de lecture. Emotion, donc, avec « below the slumber » en Ambiance. Plus qu’a attraper un bon foie gras de ma fabrication personnelle..😉

    • metal bla•bla 13/03/2017 à 22:10 - Répondre

      Bon ap’ ! Je te fais parvenir nos adresses pour l’envoi des bocaux 🙂

  2. MrPropre 18/03/2017 à 11:22 - Répondre

    Il est vrai qu’après la rédaction d’un article aussi touchant, tu pourrais prétendre au filet garni N°1. Un lecteur comblé comme moi n’y verrais aucun problème. Mais bon, je reste quand même avec une autre idée en tête : si mes deux chroniqueurs préférés décidaient des passer un moment de vacances dans mon pays avec leur tribu respective… Nous pourrions PARTAGER le bon air de la campagne béarnaise, nos humeurs musicales, un bon Jurançon et évidemment un excellent FOIE 🦆maison. Si toussa vous inspire, vous avez mes coordonnées 😉 . Bien amicalement.

    • metal bla•bla 18/03/2017 à 13:29 - Répondre

      M. REM : tout ça nous inspire grandement, merci pour la proposition !

  3. MrPropre 18/03/2017 à 23:33 - Répondre

    Y a plus qu’à

  4. Eric 31/08/2017 à 14:25 - Répondre

    Entre l’urgence teigneuse d’un premier metallica, et la fougue Maidenienne, on arrive à ce disque.
    Une bien bonne révélation récente que cette galette pour moi également.