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Blue Öyster Cult • Fire of unknown origin [1981]

Le culte de l’huître bleu, non content d’appartenir au cercle très fermé des groupes au nom le plus ridicule (avec notamment Les fils de Teuhpu, Europe, Gamma Ray et Yngwie Malmsteen), entre dans le club encore plus réduit des créateurs du heavy metal. Ce n’est pas rien. Assez curieusement Blue Öyster Cult ne répond pas à tous les critères déterminant le genre (pas de voix emphatique, un rapport au blues encore présent, pas de saturation extrême…). Pourtant, via sa musique mystico-extra-terrestre, sa symbolique intrigante et sulfureuse et ses guitares scalpels, BÖC (acronyme qui évite la dépression du rédacteur moyen… et encore y a ce #@&/ de tréma à sortir toutes les trois lignes…), peut côtoyer la bande de Iommi sans rougir.

Le trauma du tréma
BiAussi reste un groupe à part. Des compositeurs multi-instrumentistes qui n’hésitent pas à virer psyché ou pop, hippie ou US, forts d’une discographie fournie et d’au moins un titre qui franchira l’espace et le temps (« Don’t fear the reaper »… si vous ne connaissez pas Boque, vous connaissez cette chanson).
Le Culte ne joue jamais la surenchère bruitiste ou l’énergie bouillonnante. Il évolue dans l’insidieux, le vicelard, épure son propos, chiade ses guitares et campe ses compos sur une grosse basse bien présente. En 2007, on se demande à quoi sert la basse. Jamais utilisée, jamais mise en avant. Au fil des ans tous les autres instruments grignotent ses fréquences. Paradoxalement en concert on n’entend qu’elle. Fin de la parenthèse grave.

Z’avez du feu ?
Sur Fire of unknown origin Blouoillesteurkeult laisse de l’espace à l’instrument et agence ses titres autour de la quatre cordes, tour à tour pulsante (« Fire of unknow origin », « After dark ») ou mélodique (« Sole survivor »), laissant l’ornemental aux guitares et au synthé : deux six-cordes, l’une à droite, l’autre à gauche (oui à l’époque on savait ce que signifiaient les mots « complémentarité » et « stéréophonique »), et des claviers brumeux posées en nappes éthérées, pour rapidement installer un climat surnaturel. Tout est limpide, immédiat et compréhensible.
Dans ce paysage translucide, Le Mollusque Marin Bivalve passe d’un extrême à l’autre, préservant l’homogénéité de l’album grâce à sa production.

Burner pour toi
Côté tube, « Burnin’ for you », une chanson US typique et maligne : mélodie californienne en intro, guitare reggae pendant le couplet, gros accords et claviers pour un refrain US. Et un solo parfait. Un modèle du genre, de la grande guitare à fondamentaux blues, à passer dans les usines de guitaristes : variation des phrasés et des attaques, harmoniques artificielles, rythmique funky, sensibilité bluesy… Vif et léger, ce solo sautille et rebondit comme une bonne petite histoire. Je soupçonne une part d’improvisation, peut-être le résultat de plusieurs tentatives en studio.
Côté improbable, « Veterans of psychic wars ». Ambiance dramatique, pesante et fataliste où de martiales percussions et un clavier suffisent à chaper l’ambiance. La guitare solo joue à nouveau la discrétion et l’intelligence. Malgré sa batterie massive le morceau reste planant, prenant et inattendu.
De quoi rêvasser des heures.

Under a zombie moon
Cette drôle d’atmosphère vaporeuse perdure, parsemée d’ingrédients nouveaux (les chœurs soul de « Sole survivor », l’accélération finale de « Vengeance (the pact) »… Climax du disque, l’incroyable « Joan Crawford », chanson menée au piano, inquiétante et accrocheuse. Un titre de pleine lune et de cimetière brumeux.
Deux points faibles tout de même. « Heavy metal : the black and silver », un titre plombé comme son titre le suggère, qui jure dans le paysage (on pense à… Spinal Tap) et « Don’t turn your back » qui n’apporte pas grand-chose au schmilblik.
Chacun puisera à loisir dans les albums de Bio Scie, selon son goût pour l’étrange ou le tarabiscoté. Fire of unknown origin, sans « trahir » le son et la culture ostréicole, est l’un de ses disques les plus abordables et une porte d’entrée idéale pour en découvrir la richesse. Ce feu d’origine inconnu, aux flammes froides et hypnotiques est un rayon lunaire sur une terre désolée, délicat, impalpable et frissonnant.

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