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Metallica – Beyond magnetic

La confiance, comme tout un tas d’idées abstraites, absolues et magnifiques, est une vaste connerie que l’on nous vend en littérature, au cinéma… Des mains qui se serrent, des gens qui s’étreignent, des regards les yeux dans les yeux. Brother in arms. Blood on blood. Croix de bois et tout le saint-frusquin.
Et nous, pauvres pommes, on y croit dur comme fer. Ça existe, serre m’en cinq, I believe.
Foutaises.
L’humain est fait pour décevoir. Veule et médiocre il arpente une planète exsangue, avec pour seule idée en tête, enfiler son voisin. J’ai beau savoir tout ça, je continue de croire et d’espérer un sursaut, une exemplarité, un gardien du phare dans la nuit glavioteuse.

Terminale B
A 17 ans, j’avais James Hetfield. Lion rugissant, vouté sur une Explorer immaculée (tout de même griffée du célèbre « more beer » dont la finesse poétique tirera des larmes à tous les descendeurs de Valstar de par le monde, je leur laisse ma part). James Hetfield était « almighty ». James gueulait qu’il fallait combattre le feu par le feu et qu’on les tuerait tous. Engoncé dans ses jeans noirs, Jimmy n’en avait rien à foutre. Il ratiboisait gratis à grands coups de hachoir (la meilleure main droite depuis… heu… Malcom Young ?), sûr de son fait. Intouchable et incorruptible, ce fils du punk et du heavy metal montrait qu’il était possible d’être droit dans ses Americanas et ne jamais baisser son fute.
James et son orchestre ornaient mon petit cahier d’économie de Terminale. J’aimais tellement cette photo du groupe, en live, devant un backdrop Master of puppets (soigneusement découpée dans Hard rock magazine), qu’une fois le cahier achevé, j’en avais scotché un second dans la couverture du premier, histoire de conserver les Mets toute l’année avec moi et supporter un peu mieux les yoyos des balances commerciales, du serpent monétaire de mon cul et je vous parle même pas du CAC Forty.
Par la fenêtre, je voyais les saules de la cour se balancer mollement sous la brise printanière. Le bac approchait et j’avais beau compter et recompter, mes pronostics me donnaient perdants (si j’ai 8 en maths faut que j’ai 12 en espagnol et ça c’est pas vraiment possible, bla bla bla). Alors que l’ours bonasse qui nous servait son brouet éco parlait d’un voix douce incitant à une somnolence digestive, j’imaginais mon avenir. Je savais, obscurément, tout là bas dans les années 80 que, quoi qu’il arrive, bac ou pas bac, Metallica m’accompagnerait. Forever. Together. Le metal vivrait en moi comme au premier jour. Comme un cœur qui bat. Comme le sang qui coule.

Traitors
Et si la musique dans son ensemble ne trahit jamais, ne vous laisse jamais à la ramasse, vient vous sortir du caniveau, vous ramène à la casa et vous tire même la couette sur les épaules pour ne pas prendre froid, les musiciens, les groupes, eux, vous abandonnent. Comme une vieille merde. Sur le bord de la route. En plein vent. Jamz m’a cloué là, moi, mes illusions rock, mon idéalisme binaire en bandoulière et mon désir d’absolu dans l’oignon (c’est le plus douloureux, surtout quand le désir se révèle de bonne taille).
Pourtant j’étais allé au carton pour lui. Je l’avais soutenu. J’avais acheté le single de « Until it sleeps ». Qui était pas mal. Et j’expliquais à qui voulait l’entendre (un copain bassiste en l’occurrence) que la chanson était bonne, et que non, c’était pas vraiment une ballade même si on pouvait le croire.
Par contre j’ai pas pu défendre longtemps les 75 autres merdes de Load / ReLoad. Une sacrée soupe à la grimace. Une bouse dont je sauverais toujours « Hero of the day » et « Wasting my hate ». Et « Until it sleeps » (qui est une ballade mais pas tout à fait).

Machin
Depuis Jamz et moi, c’est un peu fini. Mon cahier d’Économie a fini à la poubelle juste à côté de mes illusions chiffonnées. Et ce n’’est pas avec Some kind of monster (excellent documentaire ceci-dit) ou Mort magnétique (sans déconner, ce titre) que nous nous sommes réconciliés.
Je m’étais quasi juré de ne pas écouter cet EP que je savais merdique. Évidemment, ça n’a pas loupé, j’ai encore eu raison (ça vous change des 50 papiers où je vous ai raconté que je détestais tel truc mais qu’en fait c’était super). C’est quoi ce machin ? Des chutes studio de Desse Maniétique… Des chutes d’un truc déjà au fond du ravin ? Plus profond, on va trouver du pétrole… 4 « chansons » de 7 minutes et des brouettes (qui paraissent des siècles) pondues par un groupe qui a perdu toute lucidité depuis 20 ans. Non content d’avoir sorti l’album le plus transparent / chiant / inepte / inutile / minable (j’ai pas dit mauvais, ça c’est Load / ReLoad) de leur carrière, ils ont estimé avec le peu de cervelle qui leur reste que ces 4 trucs avaient besoin de sortir, qu’il fallait qu’on les écoute.
Et moi pauvre pomme, j’ai perdu un peu du soit disant précieux temps de mon existence à m’exécuter. Parce que… Parce que… Parce que Jamz était sur mon putain de cahier d’éco de Terminale B, parce que le passé vous rattrape toujours. Voilà pourquoi.
Un instant, j’y ai presque cru. Malins les mecs : ils n’ont pas gardé le mix tout moche de Rick Rubin (qui s’est bien foutu de leur gueule, même si ça m’a fait marrer de lire de pauvres petits cyber-hardos tout choqués par la saturation de la sus-dite daube). Metallica a privilégié un son relativement naturel, un peu vieillot, thrashy Bay Area si vous voyez ce que je veux dire. Z’ont même ressorti quelques vieilles cavalcades époque Qui l’a molle. Les enfoirés.

Les choses de la vie
Me voilà en deux riffs et demi à repasser le film au ralenti, toutes ces années perdues, soudainement effacées par un EP quatre titres, aussi déglingo que le Garage days. Un machin mal fagoté qui pue la sueur et l’huile de vidange, tout en accélération débiles et solos épileptiques. Je voyais déjà le papier que j’allais écrire : « Metallica remet les compteurs à zéro et nous réexplique la vie », « Jamz à nouveau almighty » bla bla bla. Je me lancerais alors sur les routes, des piles du EP dans le coffre de ma vieille 323, métallique prosélyte, distribuant la bonne parole à tous les gueux et autres fans de Slipknot. Le Roy est mort, vive le Roy ! Ahahaha, ils allaient voir tous ces cons. Metallica is back les mecs. By popular demand the uncut version, more beer, fuck it et… Et… Et… Me voilà fort dépourvu quand la bise fut venue. Beyond magnetic est aussi pire que son prédécesseur, voire davantage moins bien (à ceci près qu’il dure moins longtemps).
Metallica, poursuit son infernale et interminable agonie, décidé à devenir le pire groupe du monde, risée du monde métallique, traitre errant de catastrophe en naufrage, jamais rassasié de sa propre médiocrité, aveugle au point de ne plus distinguer le jour et la nuit, juxtaposant à l’infini des riffs inconséquents de jam dans un désordre turfiste, dérangeant à peine la poussière des lampes de Marshalls. Quelle tristesse d’entendre Kirk Hammet patauger dans cette mélasse, essayant d’aligner un solo correct sans jamais y parvenir (autant le virer vu ce qu’il apporte).

Les bronzés font du metal
Beyond magnetic navigue au delà du magnétisme, au delà du pire. Comme tous les êtres humains de ce monde misérable, Metallica se traine, veule et méprisable, mendiant encore les cris de fans débiles, tout heureux d’entendre des chansons vieilles de 35 ans, jouées par des fonctionnaires du thrash seulement soucieux de boucler leur carnet d’intermittent du talent.
Jamz a trahi depuis longtemps. Il a sali son propre groupe et tous ses fans. Qu’il arrête. Si l’on pardonne leur incontinence aux vieillards ne contrôlant plus leur corps, on sera moins indulgent avec des quadras bruyants essayant de rester jeune en nous chiant sur les bottes.
On ne peut décidément faire confiance à personne.

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