Voilà c’est fini…

Voilà c’est fini…
Dans les faits c’est fini depuis au moins deux ou trois ans. Mais il fallait conclure et éventuellement donner un sens à cet amas de texte, à ces chroniques qui forment, me semble-t-il un tout relativement cohérent.
C’est fini parce que j’ai répondu à toutes les questions que vous ne vous posiez pas sur le hard rock et éventuellement le punk.
C’est fini parce que j’ai donné ma vision de ces musiques, ce qu’elles sont et ne sont pas, ce qu’elles devraient être ou pas.
C’est fini parce que tout cela étant posé, je n’ai plus rien à dire de particulier. Plus envie de me répandre pendant des pages sur le dernier Maiden ou le prochain NoFX. Si vous suivez Inoxydable, vous savez déjà tout ce que je pourrais en penser, et à part deux ou trois saillies plus ou moins inspirées, vous ne découvririez rien. Et je n’ai plus envie de vous convaincre. Je sais la chose impossible et inutile. Vaine même, comme me l’ont appris des années de diatribes et d’échanges sur la toile.
En outre, conscient de mon âge avancé, je sais ne plus être en phase avec l’époque. Je n’ai plus de vision globale de ce que peut être et représenter le hard rock ou le metal de nos jours. La musique actuelle et le genre même ne m’appartiennent plus. J’en reconnais certains ingrédients, je peux établir des passerelles musicales, des filiations, mais je ne comprends plus vraiment ce monde, je ne le maîtrise pas comme à une époque désormais lointaine. Alors autant éviter le ridicule et l’approximation.

Il me reste un dernier article à écrire. Celui que j’ai promis dans un de mes papiers les plus récents. Celui qui doit conclure, boucler la boucle, livrer la grande explication, le grand secret. On ne passe pas 30 ans de sa vie à courir après le rock sans en attendre autre chose qu’un divertissement. Certains le font, attendant béatement le nouveau Metallica, y trouvant quelque chose de passionnant. Ces gens sont heureux parce qu’ils ne cherchent rien. Ces gens sont heureux et vivront vieux.
Je fais partie de l’autre catégorie. J’attends du monde du binaire, du grand théâtre du riff, une vérité, une réponse. J’en vois qui haussent les sourcils et commencent à ricaner. « Le vieux est devenu mystique. Il est entré en religion… ». D’autres se gaussent : « Il aurait mieux fait de lire des livres ».

Ils ont raison. On entre dans le rock comme dans un religion (« the electric church » comme disait Lemmy dans « Built for speed »). Le paradoxe ultime de cette église qui, soit-disant, s’est bâtie « contre ». Contre « l’establishment », contre la « religion » (judéo-chrétienne principalement). Et pourtant, dans cette secte on adopte le dogme, on s’approprie le langage, les formules, on assiste aux messes, on révère les apôtres et surtout, on ne remet jamais en question l’existence même du Dieu.

Aussi cons que des fans d’Apple qui se sentent différents par millions en brandissant leur logo vermoulu, les fans de rock se pensent en rupture en s’agglutinant dans des stades et en achetant le même disque au même moment. Le rock, qu’il soit hard ou pas, est une sale industrie. Balisée, « marketée ». Les groupes eux mêmes « s’auto-formatent », se vident de leur substance (si tant est qu’ils en aient une au départ). Ils crient au public « Are you alright tonight ? » parce que c’est « écrit ». Et il est tout autant gravé dans le marbre que les cons d’en face doivent répondre « yeah ».

J’ai cru, comme des tas d’autres avant moi que, dans cet univers, je trouverai un grand secret. Une vérité lumineuse et aveuglante, le phare dans la nuit des grands égarés électriques. J’ai fini par trouver le grand secret. Et je ne vous cache pas que quand j’ai ouvert le coffre, un goût amer et métallique a rempli ma bouche. Après avoir « combattu le monde » et « défendu la foi », je l’ai eu mauvaise. Parce que le grand secret du rock’n’roll n’existe pas. On nous a juste menti. Pas de dieux. Pas de sacré. Pas de légende. Juste une vaste fumisterie. Juste des gars qui jouent comme ils peuvent et d’autres qui se font du fric sur leur dos. Le reste a été inventé pour nourrir la machine, le marché. Pour noircir du papier, alimenter les rêves adolescents, créer l’illusion.

Le rock’n’roll, intrinsèquement, volontairement, éternellement médiocre, s’est paré de tous les artifices possibles pour nous séduire faute de réelle substance. On a créé des icônes, des « légendes » (Elvis, Jagger, Page, Hendrix), des héros (Pop, Richards), des drames (Morrison, Jones, Cobain). On nous a donné des images, une iconographie, des textes, des bibles… Et nous pauvres pêcheurs, nous avons écouté les gourous, nous les avons crus, nous les avons trouvés importants, nous leur avons donné notre temps et notre argent dès l’adolescence et nous avons continué…

Malgré tout, dans ce paysage peu reluisant, il reste un petit coin de vérité et de pureté. Il reste le musicien et sa chanson. Seul dans son coin, avec sa pauvre guitare et son cahier d’écolier. Dans sa bulle. Son univers miniature…
C’est lui que l’ont doit entendre et imaginer à l’écoute de n’importe quel album. Et si l’on n’y parvient pas, ma conclusion est simple : disque de merde.

Sur ces bonnes paroles, je vais tirer le rideau, donc faut pas rester là, barrez-vous, vous avez pas d’amis ou quoi ? Merci à tous ceux qui ont lu et commenté tous ces articles (et peut-être même mes interventions sur certains forums, ce qui fait de vous des putain de « Grands Anciens »).

Stay clean.

REM

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2 Commentaires

  1. Frank Hammer 05/09/2017 à 15:25 - Répondre

    « Je n’ai plus de vision globale de ce que peut être et représenter le hard rock ou le metal de nos jours. »

    Je pense qu’au contraire tu l’as pigé depuis quelques années et que cela ne changera pas : ces styles tournent en rond et ne vivent que par l’énorme inertie provoquée lors de leurs naissances respectives. A une époque, le metal était un moyen (d’exprimer un sentiment, de se projeter dans du fantastique, de causer « social », etc.), et la musique était transporté par des élans qui la dépassait (et donc la magnifiait) – aujourd’hui, c’est une fin en soi ; le metal pour le metal … ou le serpent qui se mord la queue. Manowar en fait les frais ; d’ailleurs, les kings d’alu sont des précurseurs. Les autres vont suivre.

    Après je ne sais pas si c’est un drame, il reste des groupes qui ont du savoir faire et de l’envie, on aura toujours des bonnes cuvés – mais faut définitivement faire une croix sur un metal grandiloquent et porteur tel qu’il l’a été.

    • metal bla•bla 06/09/2017 à 16:38 - Répondre

      R : c’est aussi une question de phase et d’envie d’avoir envie.