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Megadeth • Discographie

L’histoire de la musique énervée retiendra le nom de Megadeth pour être l’un des « 4 grands du thrash », fondateur de ce courant métallique extrême au côté de Metallica, Anthrax et Slayer. S’il fait partie de la scène la plus violente de l’époque, le groupe a d’autres ambitions et son parcours, même sinueux, apparaît avec le recul, particulièrement cohérent. Megadeth évolue à chaque disque, reptile changeant de peau, muant peu à peu sans jamais perdre son identité. Une performance rare.

Killing is my business… and business is good / Peace sells… but who’s buying ? (1985 / 1986)
Dave « la teigne » Mustaine, à peine éjecté de Metallica (avant l’enregistrement de Kill’em all), monte son groupe et crache Killing is my business… and business is good. Je ne m’étendrai pas sur cet énergique et pénible premier album au son brouillon : on retiendra surtout l’intention. Et l’énrergie. Et le brouillon.

C’est avec son deuxième disque que Megamort assoie son style. Sous ses oripeaux thrashy, la musique du Meg s’ancre fondamentalement dans le heavy metal du début des années 80 (Maiden, Judas). D’autres formations trash s’en éloignaient beaucoup plus (Exodus, Anthrax…) rompant avec la tradition mélodique anglaise.

Mustaine veut prouver qu’il est plus créatif, plus killer que les « four horsemen ». Il fait donc de Megadeth une usine à riffs : il les aligne, les juxtapose jusqu’à plus soif, démontrant son talent de composition et sa technique. Il y ajoute nervosité rythmique, solos azimutés, titres à tiroirs. Tout est bon pour en mettre plein la vue.

Cette approche en « couper / coller » de la composition n’a jamais donné de grandes chansons. D’ailleurs Megadeth, à cette époque, ne joue pas de chansons à proprement parler, mais plutôt des pièces musicales, des instrumentaux sur lesquels le chant est plaqué.
Assez curieusement, cela fonctionne… Parce que les riffs de Mustaine sont explosifs, surprenant systématiquement l’auditeur qui se demande en permanence : « mais que va-t-il se passer ensuite » ? A cela s’ajoute quelques refrains / slogans (« Peace sells… but who’s buying ? », « My last words ») mêlés à des mélodies efficaces. Si l’ensemble est touffu en terme de construction, le groupe offre de nombreux repères, rendant le voyage enthousiasmant.

Impossible pour moi d’évoquer Peace sells sans dire quelques mots sur « My last words », titre de clôture de ce classique du metal. Après une intro en arpèges plutôt raffinée déboule un riff à cent à l’heure : Judas Priest sous acide. Débit infernal et images chocs, Dave évoque avec force une scène de roulette russe (on pense au film « Retour vers l’enfer » / « Deer hunter »). Ce titre échevelé s’achève après un solo mélodique, sur un Mustaine à l’agonie, hurlant ad lib qu’il est la prochaine victime. Voix rageuse et fragile, désespérément colérique.

La voix de Mustaine
Ouvrons une parenthèse sur la voix de Megadave. A force de galérer pour trouver un « vrai » chanteur, Dave « Junior » Ellefson a proposé à son patron de s’y mettre. Mustaine tient donc le micro. Et, objectivement, ce n’est pas une réussite. Le genre à ne pas passer le premier tour de The Voice. Sa voix oscille entre le miaulement, l’éructation de canard grippé et le grincement de porte. Pourtant, en dépit de ses maigres moyens, Mustaine parvient à s’exprimer et transmettre quelque chose. Ce n’est pas flagrant sur ce disque là, mais le chanteur n’aura de cesse de progresser, imposant sa voix sur tous les disques du groupe, parvenant ainsi à créer une « identité sonore » unique (personne ne chante comme lui).

So far, so good, so what ! (1988)
Avec So far, so good, so what ! Megadeth poursuit son chemin chaotique. Le son est plus « clair », plus fin, noyé d’effets. Une démarche assez curieuse pour un groupe thrash à une époque où tous les collègues poussent plutôt les graves et compressent leurs guitares à mort, suivant la trace sanglante du hachoir de James Hetfield. L’album s’ouvre sur un instrumental infernal (« Into the lungs of hell ») enchaîné à « Set the world afire ». Blitzkrieg. Terre brûlée. Nervosité, riffs au scalpel, solos de dingue, thématique nucléaire… Tout les ingrédients sont réunis pour produire un grand disque. « Anarchy in the UK » est une surprise (et permet de respirer). Avec le temps, on trouvera cette reprise fort dispensable (Megadeth n’ayant jamais rien eu de punk, m’enfin…)
La surprise arrive avec « Mary-Jane » et « In my darkest hour ». Deux titres plus aériens, plus mélodiques, plus accrocheurs. « In my darkest hour » est une sorte de « Fade to black » megadethien. Mid-tempo dramatique et désespéré, final furieux, son propos est tout aussi sombre que celui de « Fade to black ». Et tout comme pour la bande à Ulrich, ce titre ouvrira de nouvelles voies musicales. Cette chanson est aussi l’occasion d’apprécier le chant de Mustaine. Le rouquin s’aventure ici dans différents registres, interprétant réellement son texte (le poignant « it feels so cold, very cold »), alternant hargne et lamentations désespérées sur la cavalcade finale (tout comme sur « Mary-Jane »), allant jusqu’à la fêlure (… le « consumed by the pain, the pain… » à fendre l’âme). On s’est beaucoup moqué du chant de Mustaine mais il est vraiment parvenu à exprimer un large panel d’émotions sans avoir de grandes prédispositions. Comme quoi…
Côté guitare c’est le festival. Jeff Young et son patron interviennent en permanence, superposant les riffs, les phrasés, les solos. Tout cela est inventif, énergique. Passionnant.

Rust in peace (1990)
Changement de personnel pour Rust in peace. Exit Chuck Belher et Jeff Young. Place à Nick Menza et Marty Friedman. L’arrivée de Friedman dans le groupe fait l’effet d’une bombe. Le choc de deux univers : le thrash fougueux et sans concession d’un côté, le shred néo-classique de l’autre. On y croyait pas deux secondes.
Contre toute attente, ce mariage contre-nature fonctionne et donne un album éblouissant. La production, débarrassée de la réverb trop envahissante de So far, est précise et met en valeur tous les instruments. On se délecte de cette furia savamment orchestrée, où chaque intervention de Friedman est un festival de classe, de science et de feeling. Loin de la pure démonstration de son projet instrumental Cacophony, le petit bouclé se fond dans le metal alambiqué de Megadeth et distille mélodies subtiles et traits de génie. Les solos de « Tornado of soul » et « Poison was the cure » vous en persuaderont.
S’il a une intelligence de jeu, un guitar hero, shredder ou pas, peut magnifier un groupe, le tirer vers les sommets en se mettant à son service. Steve Vai avait su le faire lors de son passage chez David Lee Roth et avait complètement loupé le coche chez Whitesnake.
Si Friedman est la star incontestée du disque, Mustaine reste le patron et le principal compositeur. Et le patron ne se moque pas de sa clientèle : la ration de riffs et de rythmiques concassés est généreuse. On pressent sur cet album que Megadave cherche quelque chose. L’arrivée de Friedman et son incroyable apport ne sont que des étapes vers un autre Megadeth, que l’on devine en creux.

Countdown to extinction (1992)
Le nouveau visage du groupe apparaîtra sur Countdown to extinction. L’équipe n’a pas changé, Friedman a trouvé ses marques et Mustaine se permet d’explorer de nouveaux horizons. Alors que tous les groupes de la scène durcissent le ton et que de nouveaux genres « extrêmes » font leur apparition et s’imposent (death et black metal), Megadeth lève le pied côté son, raffinant encore ses guitares, asséchant ses saturations à l’extrême. La batterie est plus claquante, tout comme la basse : la quatre cordes lourde et massive de Peace sells est bien loin…. Cette évolution de la production accentue la nervosité des riffs. Parallèlement, Mustaine devient plus mélodique, tant dans son chant que dans son jeu de guitare. Souvent, les ponts et les refrains se fondent sur davantage sur des mélodies que sur des riffs (flagrant sur « This was my life »).
Autre nouveauté, la construction des titres est plus ramassée. Depuis Peace sells, Mustaine évolue lentement vers la chanson, où les refrains jouent un rôle essentiel. La simplification des structures s’accompagne d’un allègement du nombre de plans. « Symphony of destruction » est basé sur un riff. Quelques années plus tôt, Mustaine aurait ajouté quinze breaks dans ce titre. Il s’en garde bien ici et joue à l’économie.
On imagine à ce stade, que le leader de Megadeth continue de marcher dans les traces de Metallica. Ce dernier auréolé par le succès mondial et multi-platine du black album a fait de nombreux émules côté « simplification » (un riff = une chanson). L’approche musicale de Megadeth est tout autre, plus raffinée que celle des four horsemen, même si elle tend à une plus grande accessibilité. Quand ces derniers cherchent le refrain « à gueuler » et la rythmique la plus heavy possible, Mustaine alterne les arpèges, les sonorités avec élégance et finesse (« Foreclosure of a dream »…). Le seul lien avec Metallica reste la pochette qui rappelle étrangement le clip de « The unforgiven ».
La voix évolue elle aussi, plus subtile, moins systématiquement gueulée. Le rouquin a retenu les leçons de ses expérimentations réussies depuis « In my darkest hour ». Il poursuit dans ce registre et ajoute énormément d’émotion aux titres de l’album.
Seul défaut, Countdown to extinction est trop long. Megadeth nous proposait d’ordinaire huit ou neuf nouveaux titres. On en a onze ici. Autant dire qu’il y a du déchet : « Psychotron », « Captive honour » et « Ashes in your mouth » ronronnent en pilotage automatique. Dommage.

Youthanasia (1994)
Youthanasia va encore plus loin. Simplification, mélodie, allègement du son, les nouveaux ingrédients découverts sur Countdown to extinction sont ici généralisés.
Youthanasia est taillé pour les radios américaines. Tous les titres ont des refrains mélodiques, accrocheurs, souvent mélancoliques. Les arrangements sont chiadés (guitares acoustiques, harmonica, « violonades de synthés », etc.), le son crunchy. Difficile d’extraire des titres phares tant le disque est formaté. On aurait tout de même pu se passer de « Youthanasia » et « Black curtains ».

Cryptic writings (1997)
Megadeth enchaîne avec Cryptic writings. Un disque melting pot, qui revisite un peu toutes les périodes du groupe. On a droit à du speedé (« FFF », « Mastermind », « Disintegrators »), du tube (« A secret place »), du mid tempo mélodique (« Trust », « Almost honest »…) tout en conservant le raffinement habituel. Aucune prise de risque avec ce disque réussi, produit par un groupe confiant en pleine possession de ses moyens.

Risk (1999)
L’ étonnant virage mélodique depuis Youthanasia aurait du nous mettre la puce à l’oreille. Mustaine voulait obtenir un succès grand public, dépasser le cercle métallique.
Malgré toutes ses qualités, et en dépit de ventes remarquables, Megadeth n’a jusque là pas décroché le jackpot tant espéré. Mustaine a toujours cherché à prouver sa valeur au monde entier, album après album et espéré parvenir à sortir du cercle « metal » et plaire au très grand public. Comme Metallica désormais au niveau de U2 ou Dire Straits… Dave en gardait une grande frustration, alors même que son parcours était déjà éblouissant.

Risk a été conçu dans cet esprit. Avec le recul, ce disque n’aurait pas du nous surprendre. Tous les albums précédents mènent à celui-ci, lentement mais sûrement.
Malheureusement Mustaine, s’il est un excellent compositeur de metal mélodique n’a rien d’un song-writer pop (enfin… « Breadline » et « Ecstasy » fonctionnent bien dans le genre, « I’ll be there for you beaucoup moins). Risk est un échec commercial et artistique. Certaines chansons sont plaisantes et plutôt réussies (« Insomnia », « Crush’em »…), mixant sonorités modernes, mélodies et pop-metal. Mais le reste s’englue inexorablement dans une mélasse électro-pop-rock interminable et sans saveur. On peine à l’écoute, surpris d’être déçu par Megamort. Premier faux pas après 15 ans exemplaires (2 bonnes chansons, 3 écoutables sur 12 c’est peu). On n’en veut pas à Dave qui a expliqué clairement à l’époque son envie d’une plus grande reconnaissance. On en « voudra » davantage à Friedman de quitter le navire.

World needs a hero (2001)
World needs a hero et sa nouvelle équipe (De Grasso à la batterie et Pitrelli à la gratte) sont censés renouer avec le Megadeth traditionnel (comprendre celui de Rust in peace). Le pari est raté. Pitrelli n’a pas l’envergure de Friedman, et peu de titres retiennent l’attention : « Dread and a fugitive mind », « Disconnect » (et encore parce que je suis sympa). On sent Mustaine vidé de sa substance, balançant ses riffs sans sa colère, son énergie, sa passion, sa finesse coutumières. « The world needs a hero » (la chanson) est la parfaite illustration de cette vacuité. Mustaine parle sur un accord pendant tout le couplet ou presque pour finir par bailler son refrain. Soporifique. Et ce n’est pas l’intervention d’Al au moment du « solo » (probablement un exercice d’échauffement laissé par Friedman dans le local de répète) qui va nous tirer de l’ennui. Dans le même genre pathétique je vous conseille « Moto psycho » et son refrain « flangé ». Même dans le lamentable, Mustaine suit encore Metallica et commet « Return to hangar » à l’instar de ses potes qui avaient osé rechier « The unforgiven II » sur le pitoyable Reload… En 2001 le hangar est désert.

Rude awakening (2002)
Le groupe à l’agonie temporise en sortant un double live où, encore une fois, Friedman brille par son absence. Quel regret de ne pas avoir un enregistrement officiel du monsieur. Ceci dit, le double est plutôt réussi, présentant le groupe sous un jour dépouillé, avec un son plus thrashy qu’en studio. Aucun intérêt par contre en terme d’ambiance ou de participation du public, mais une bonne compil’ (toutes les périodes sont visitées), brute de décoffrage, offrant un nouvel éclairage sur ces classiques.

The system has failed (2004)
The system has failed débarque sous une pochette très Rust in peace sells but who’s failed, aussi laide qu’à l’époque. On se prend à espérer. « Blackmail the universe », « Die dead enough » (quel refrain !), « Back in the day », « The scorpion » sortent clairement du lot, « Kick the chair » renoue avec le Megadeth nerveux des débuts (sans friser le génie non plus). Pour le reste, circonspection. Ai-je perdu mon enthousiasme en route ou ce disque est-il définitivement moyen ? De fait, il enterre le flatulent The world needs a hero mais quand j’entends « Something that I’m not », « Tears in vial », « Truth be told », « My kingdom » je me demande où est passé le Mustaine de « Peace sells », « Tornado of soul », « Hangar 18 », « Blood of heroes », etc. Et je ne parle pas de « trucs » comme « I know Jack » et « Shadow of deth » aussi incompréhensibles qu’inutiles. Le côté émotionnel, pourtant très développé chez le groupe, a complètement disparu : The system has failed, est glacé. Figé. Sans âme. Creux.

United Abominations (2007) / Endgame (2009) / Th1rt3en (2011) / Super collider (2013) / Dystopia (2016)
On va la faire courte. Megadeth est mégamort en 1997 et c’est son cadavre animé que l’on contemple depuis. Mustaine a fini par décrocher de la coke, a trouvé Dieu (new born christian), Ellefson a été viré, est revenu, est reparti, a trouvé Dieu lui aussi, les balochards on défilé à tous les postes pour pondre tous les deux ou trois ans des disques de fonctionnaires, vide de folie et de créativité. La flamme du rouquin est éteinte.
On peut le regretter, on peut se lamenter, on peut espérer encore et toujours mais tout cela n’est pas bien grave. Megadeth a aligné 6 (six!) albums impeccables. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Et surtout pas Metallica. Alors finalement, Dave a un peu gagné non ?

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