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Manowar • Fighting the world (1987)

Qu’est-ce qui différencie fondamentalement le heavy metal (et plus globalement le hard rock) des autres musiques électriques et populaires (pop, punk, funk, etc.) ? J’en vois froncer les sourcils, chercher dans leurs dicos les influences et autre ramification, les connexions, les dérivations… Stop. Je ne parle pas de racine musicale mais plutôt d’intention.
Certains styles s’efforcent avant tout de distraire l’auditeur, lui donnant quelque chose à siffler (la pop ou la variété), à danser (le funk), à réfléchir (la folk ?), à pleurer (le blues), etc.
Le metal, lui, n’a qu’un seul but. Nous « élever ». Pas intellectuellement bien entendu. On ne trouvera pas l’inventeur du fil à couper l’eau chaude chez les chevelus. Le heavy, dans sa surenchère permanente, tente de rendre l’auditeur plus fort, plus grand. Manowar n’est pas là pour vous faire danser ou siffloter. Manowar est là pour vous aider à supporter le merdier environnant, le quotidien et son armée de cons en vous testostéronant la tronche. Rien de plus, rien de moins.

Mortal combat
La vie est un combat, vous écoutez une musique de merde méprisée de tous, vos cheveux sont trop longs et vos jeans trop serrés, alors, tendez votre gamelle, voilà le rata. Un bon shoot et fuck off. Soyez forts, uniques et fiers d’être différents, battez-vous contre le monde et envoyez bouler le reste. Fighting the world. Un condensé nietzschéen de supermarché, au service des oubliés du monde. L’armée des losers en marche au rythme des tambours de guerre. « Fight » aboie la meute de baltringues sous les hurlements bestiaux du Seigneur Humungus. « Les rayures d’un tigre ne s’effacent pas ». Bougez-vous, agissez, assiégez les médias et faites vous entendre. « Explosez la sono ! ». Et les Manowar de rappeler au final de ce deuxième titre menhir, que ce qu’on veut, c’est du rock putain.
Manowar lève un chouïa le pied avec « Carry on ». « Carry on » ou comment toucher les étoiles en 4’18. Intro délicate, guitare acoustique et Adams tout en nuances (on repense à tous les fans de death qui soutiennent que « oui, Chris Barnes est un super chanteur, c’est super technique ce qu’il fait »… Kill’em all). Et puis 3 2 1 zéro, l’Homme de Guerre dégaine et charcute tout sur son passage, pendant qu’Adams nous emmène toujours plus loin, toujours plus haut. Pour un de ces voyages dont on reste marqué à jamais. « Aussi longtemps qu’on sera ensemble ». Et le bon vieux Ross qui nous tricote un solo pas bordélique pour deux sous, histoire de nous montrer un peu de « lumière ».

Effusion de sang
Il fallait bien ça pour affronter « Violence & bloodshed ». Le monde s’arrête. Ambiance d’apocalypse, sirènes hurlantes. Tout en colère rentrée, Adams distille la frustration et l’écœurement d’un vétéran du ‘Nam. La rythmique gronde, sourde, ivre de vengeance, distribue des uppercuts en fin de couplet. « Violence & bloodshed » passe du murmure au hurlement, du désespoir à la haine, pour s’achever par un solo démoniaque du Patron, un torrent venimeux, une fin du monde électrique, une décharge mortelle tout en larsens chaotiques et vibratos agonisants. Mesdames et messieurs c’était « Violence & bloodshed ». Rideau.
Que dire de plus sur « Defenders » ? La voix sépulcrale d’Orson Welles, un improbable testament, la transmission de principes de vie, d’une ligne de conduite à suivre… Et une montée en puissance qui briserait des montagnes. Adams au sommet, dresse le poing. Il est la voix des hommes de bonne volonté, la voix du monde.

Les fils du vent noir
La pression ne baissera plus : la suite « Drums of doom » / « Holy war » / « Master of revenge » / « Black wind fire & steel » ferme la marche, rappelant les heures glorieuses et les anciennes amours du groupe époque Sign of the hammer. Enchaînés, ces titres achèvent le combat dans une effroyable accélération. Adams hurle le sang, la poussière et la mort. Et les fils du vent noir de terminer dans un chaos indescriptible, une secousse tellurique qui nous laisse fracassé, laminé. Mais ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Un peu de cette énergie restera en nous pour affronter le lendemain. Encore une fois.

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