Les Hardos aussi, c’est mieux avant

S’il semble à peu près évident pour tous que « le Metal, c’était mieux avant » rapport au fait que l’âge d’or du genre a environ trente ans d’âge ; il est une autre vérité moins admise, plus silencieuse qui en découle :

« Les hardos, c’était mieux avant aussi »

Qu’elle me semble lointaine l’époque où le simple fait de porter un t-shirt à l’effigie d’un groupe vous donnait l’indicible impression d’appartenir à une communauté. L’époque où naturellement on « dégainait » les cornes en souriant. L’époque où naturellement – toujours – on se retrouvait à papoter avec des « bros » en se rendant à un concert ou dans les rayons « Hard & Metal » des disquaires. Naturellement. Pourquoi plus « avant » et moins « maintenant » ?

S’il subsiste encore des bribes de ce que je décris, que certains comportements analogues perdurent encore ; force est de constater que depuis plus d’une dizaine d’années les bancs de Hardos se sont désagrégés, que la connivence instinctive du passé a laissé place à une vague sympathie indifférente. Le fait de porter un t-shirt de Slayer – et je parle en connaissance de cause – vous expose moins (dans les transports par exemple) à un hurlement indistinct de type « SLLLLLLLAAAYYYERRR » poussé par un parfait inconnu vous toisant fébrilement, cornes dressés. Non, amis auditeurs, d’un point de vue général tout hardos se comporte actuellement comme une égocentrique molécule au sein d’un ensemble moins compact, plus déstructuré, plus flottant aussi. Le peuple éternel, cher à Michelet, a pris un coup dans l’aile.

Alors pourquoi ?

Instinctivement, mes canines de palmipède ont voulu pincer du côté du phénomène « Internet ». Le grand « responsable » (ou révélateur) de la majorité des maux qui assaillent notre époque : médiocrité générale, nivellement par le bas, inculture, royaume de l’approximation et annihilateur du talent. Internet donc, coupable certainement, toujours un peu du moins et forcément. Mais pas que.

La triste histoire de la fin des hardos ne devrait-elle pas tenir compte des générations ? Oui, X, Y et Z. La dernière (Z né entre 90 et 2000) dit « génération Internet » est aussi celle du zapping, du droit à l’erreur et de l’individualisme, celle qui a vu l’émergence des réseaux sociaux et de la téléréalité. Alors forcément, les graines ayant poussé sur un tel « terreau » ne peuvent pas se comporter de la même façon que les générations précédentes. L’ère du « chacun pour soi » a entraîné une certaine distanciation et in extenso une désolidarisation avec la sphère Metal. Soit des notions en totale opposition avec le genre qui dès l’origine proclamait la fraternité entre hardos, se targuait d’un « envers et contre tous » et d’une indéfectibilité à la cause. Le « hardos un jour, hardos toujours » s’est quelque peu transformé en « hardos du jour, hardos faut voir ».

Tel un ressac noir, indistinct mais réel, cette mentalité nouvelle a sans doute contribué à sonner le glas aux grands groupes qui rassemblent, a tué dans l’œuf l’émergence de « vrais » nouveaux courants. Car, force est de constater que le Metal actuel suit ce sillon : undergound partout, micro groupes, carrières morcelées, side projects, croisement de genres en tout genre etc. Le Metal a la tête qui tourne dans tous les sens, il est tout azimut comme s’il savait en for intérieur qu’il ne pouvait plus fédérer, mettre tout le monde d’accord, que son seul salut était de bouger ses bras dans tous les sens pour faire du vent, pour attirer l’attention fugace d’un public volatile.

Pointons maintenant du doigt l’autre méta-responsable du phénomène selon moi : l’ère du temps. Der Geist. Notre société actuelle en gros, dite de consommation, grégaire, matérialiste et superficielle. Paraître est devenu plus important qu’être, posséder suffit à se définir, dispense de comprendre. Face à cette tendance, le Metal a progressivement courbé l’échine, mais surtout son peuple qui le compose. Il est devenu une niche commerciale, une caricature, un amas de fans plus ou moins inconsistants qui se rue sur le dernier AD/DC, va voir Metallica au Stade de France, fait des croisières et se rend en pèlerinage au Hellfest. A cela s’est naturellement greffé cette du « écouté vite fait » et de l’abandon de tout esprit critique concernant ce qui est communément admis. On ne doit pas critiquer le dernier Maiden même s’il est nul car il en est ainsi. Cette ère du temps a également participé à la lente décrépitude du Metal et de son public, en l’absorbant « commercialement » le système l’a rendu plus inoffensif aussi.

Inoffensif, oui. Car vieillir est une dégénérescence. Nos vieux groupes se sont embourgeoisés depuis belle lurette. Depuis qu’on sait qu’Ozzy n’est pas vraiment sataniste (que c’est même plutôt un débile millionnaire cf. « The Osbournes »), que AC/DC n’effraie plus la ménagère de moins de 50 ans (elle en écoute même) et tutti quanti ; la flamme – si elle ne sait pas complètement éteinte – s’est considérablement rabougrie. A l’image des hardos d’antan, devenus tous papa, propriétaires voire cadres ou salariés sérieux. Genre et public ont grisonné, tandis que la relève s’est atomisée. La plus jeune génération de hardos est forcément moins « tout feu tout flamme » parce que le Metal lui-même ne l’est plus vraiment.

C’est finalement du côté des « extrêmeux » (Black / Death et consorts) que l’esprit s’est le plus conservé. Il y a dans la brutalité des genres actuelles, de certaines scènes post-grugu quelque chose d’encore vraiment clivant, qui laisse au bord de la route le quidam moyen. Oui, cette frange-là de hardos a pris le relais des fans de Slayer ou de Metallica des années 80. Eux peuvent encore actuellement se nimber de l’incompréhension des « autres », se retrouver et se comprendre dans des mini-festivals ou des concerts de moins de 200 places. Comme un symbole finalement. Pour continuer à ressembler encore un peu à vrai hardos de nos jours, on est un peu comme obligé d’écouter de la merde.

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