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Précisions sur le grunge

M. Gnap se sent grunge jusqu’entre les doigts de pied. « Complément d’enquête » sur le dossier Seattle dans le genre… complet !

Je souhaiterais apporter quelques réflexions supplémentaires concernant le dossier grunge.

Personnellement, Je définie le grunge assez naïvement comme un quatre-quarts (hein ?) :
Grunge = BLACK SABBATH + SEX PISTOLS + pluie + boue.

Je m’explique. Seattle est la ville des USA avec le plus de jours de pluie (1/4) et le plus fort taux de suicide. Les bandes locales ne se retrouvent pas forcément dans l’esthétique de l’époque proposée par MTV. Grossièrement, l’idée c’est de combiné la lourdeur des riffs sabbathiens (2/4) avec la simplicité et le nihilisme du punk (3/4), pour exorciser un certain mal-être/rejet, en réaction au glucose et à la surenchère du hard US; en alternant passage lent et passage énervé avec un son assez sale, distordu et fuzz, (4/4) obtenu avec des pédales.

Je distingue trois phases relativement distinctes dans le grunge.

Le proto-grunge: 1985-1990 – Mudhoney « Touch me, I’am sick ».

Le punk sous l’impulsion du hardcore s’alourdi et commence à lorgner du côté du métal sabbathien. Le son est sale et distordu. Grungy = crade. Le rendu est brut de décoffrage, encore bancale et pas forcément toujours très abouti. Encore instable, le grunge se cherche au même titre que les groupes et leurs membres qui traînent ensembles, splittent et collaborent à tout va. La scène reste confinée à quelques groupes encore très underground.

Green River – “Come On Down” (Mai 1985).
“Deep Six “- (Mars 1986) : Green River, Malfunkshun, Skin Yard, Soundgarden, Melvins, U-men.
“Sub Pop 200” (1998): Nirvana, Screaming Trees, Mudhoney, Tad, Soundgarden …
Mudhoney – “Superfuzz Bigmuff” (1988).
Soundgarden – “Ultraméga OK” (1988).)
Nirvanna – “Bleach” (1989).

Le grunge s’inscrit dans une mutation plus large du rock vers quelque chose de plus sombre et de plus sale avec le rock trituré des Pixies, des Smashing Pumpkins, et autre Sonic Youth.
Les Melvins (Seattle), préférerons le hardcore au punk, la boue à la pluie, pour synthétiser le Sludge (=boue).
A Seattle toujours, les filles « riot grrrl » durciront/saliront le son avec The Gits, 7 Year Bitch, Dickless ; ou bien un peu plus au sud avec Pagan babies, à Portland, qui contient les germes de Hole et Babes in Toyland, ou bien à Los Angeles avec L7.

Concernant l’esthétique, il suffit de regarder les pochettes de « Bleach » (Nirvana), « Lourder than love » (Soundgarden), « Change has come » (Screaming Trees) ou « Superfuzz Bigmuff Plus Early Singles » (Mudhoney) pour comprendre le changement qui se prépare.

Le Grunge, “le son de Seattle” (1990- 1995) – Nirvana « Smell Like teen spirit ».

La formule prend forme. Moins bordélique et plus épuré le grunge va gagner en profondeur et en maîtrise. Black Sabbath, Led Zep, les Doors sont assimilés, et certains groupes n’hésitent pas à regarder vers le rock psychédélique ou le folk de Neil Young. Un grunge qui mature, combiné à l’essoufflement du hard US, alignent les planètes pour un retour d’un rock plus populaire et écorché sur le devant de la scène, suivi d’une explosion dans les charts.

Mother Love Bone – “Apple” (1990).
Temple of the dog – “Temple of the dog” (1991)
Mudhoney-“Every Good Boy Deserves Fudge”(1991)
Nirvana – “Nevermind” (1991).
Pearl Jam – “Ten” (1991).
Soundagarden – “Badmotorfinger” (1991)
Smashin Pumpkins-“Gish” (1991)
Alice in Chains – “Dirt” (1992)
Screaming Trees – “Sweet Oblivion” (1992)
Mad Season – “Above” (1995).

« Temple of the dog », sorti l’année de l’éclosion du grunge en hommage au chanteur des Mother Love Bone, Andrew Wood, réunissait Chris Cornell (Soundgarden), Eddie Vedder (qui fondera Pearl Jam), Jeff Ament (Green River, MLB, Pearl Jam), Matt Cameron (Skin Yard, Soundgarden, Pearl Jam), Stone Gossard (Green River, MLB, Pearl Jam) et Mike McCready (Pearl Jam et Mad Season). Comme un écho, la fin du grunge est marquée par la dernière grande réunion de ce petit monde de Seattle sur le très sombre « Above » (Mad Season) avec Mike McCready, Layne Staley (Alice in Chains), Barett Martin (Skin Yard, Screaming Trees), John Baker Saunders (The Walkabout) et Mark Lannegan (Screaming Trees).

Je marque la fin du grunge à 1994/1995 : mort de Kurt Cobain (1994), l’icône du mouvement pour le grand publique et dernières sorties marquantes liées à la première vague « Above » (Mad Season, 1995), Alice in Chains (Alice in Chains, 1995) ; et aussi une certaine distanciation avec le grunge (Pearl Jam, Foo Fighters).

Post-grunge (1992 – 1995 –today?) – Nickelback « How you remind me » – Réduction, puis dilution.

Le succès aussi énorme que soudain du grunge, va engendrer une vague importante de suiveurs un peu partout dans le monde. On réduit la lourdeur du son, on conserve l’alternance tempo rapide/tempo lent, on exacerbe le côté plaintif/mal-être, pratiquement plus de trace de punk et un son moins sale. Du quatre-quarts initiale, on passe à trois. On cherche à reproduire l’aspect grand publique (comprendre ce qui a plu) que vient d’acquérir le grunge.

Là où la première vague ne vivait pas bien son succès (« In Utéro » en réaction à « Nevermind », « Vitalogy » en réaction à « Ten » et « V », « Down on the upside » en réaction à « Superunknow ») cette seconde vague est plus encadré par les majors, on cherche le single qui passera en radio. Beaucoup de groupes auront un succès aussi fulgurant qu’éphémère.

Une deuxième vague plus plaintive donc, avec Stone Temple Pilots, Candlebox, Collective Soul, Bush ou bien Silverchair.
Puis, petit à petit le grunge va se diluer avec le hard rock/métal chez Nickelback, Staind, Creed, Puddle of Mudd, Godsmack et plus récemment avec Chevelle, Seether, Three Days Grace, Alter Bridge ou Breaking Benjamin pour ne devenir qu’une couleur musicale plus qu’un genre à part entière. On parlera souvent de rock/métal alternatif.

Notons la réappropriation du succès du « Five man Acoustical Jam » de Tesla, par Nirvana et son live « Unplugged » qui deviendra un passage quasi-obligé pour les groupes de grunge et post-grunge. A ce sujet, le « Unplugged » d’Alice in Chain est effectivement ultra-recommandable ! Là ou celui de Nirvana représentait le chant du cygne de Kurt Cobain et de son mal-être, celui d’Alice in Chains est quasi-mystique avec un Layne Staley chantant depuis l’au-delà. Alice in Chains avait d’ailleurs déjà exprimé son côté acoustique avec les très bons EP, « Sap » (1992) et « Jar Flies » (1994).

Pour terminer, un futur pour le grunge ? Il semblerait que non. Mis à part un certain retour aux grosses guitares dans le rock, comme déjà évoqué, années 90 début 2000, (Radiohead « Creep », Cranberries « Zombie », Therapy « Nowhere » …) et une influence sur le Néo ou le rock émo; le grunge disparaît progressivement du paysage musical.
Et pourtant … pourtant je pense qu’il y’a des pistes à creuser du côté de groupe comme A Perfect Circle sur un titre comme « Judith », le come-back d’Alice in Chains, ou bien chez Klone. C’est-à-dire vers quelque chose de plus subtile, une frustration mieux maîtrisé pour un résultat plus profond et éthéré (comprend qui peux?)

Allez, je propose un micro-best-off pour illustrer mon propos :

Proto-grunge:
Green River: Swallow my pride
Malfunkshun: With yo’ heart (not yo’ hands)
Mudhoney : Touch me I’am sick / Here come sickness
Mother Love Bones: Stardog Champion

Grunge:
Temple of the dog: Hunger Strick
Nirvana: Smells Like Teen Spirit
Screaming Trees: Shadow of the season / Nearly Lost You
Smahing Pumkins: I am one
Gruntruck: Bar Fly
Alice in Chains: Would / No Excuse / Nutshell
Pearl Jam: Black
Tad: Greasebox
Soundgarden: Rusty cage / Fell on black days
Mad Seaon: River of Deceit
Post-grunge:
Stone Temple Pilots: Plush
Candlebox: Far behind
Collection of soul: Shine
Silverchair: Miss you love
Bush: Machinehead
Foo Fighters: Everlong
Creed: My sacrifice
Nickelback: How you remind me
Puddle of Mudd: Blurry
Godsmack: I stand Alone
Chevelle: The red
Alter Bridge: Metalingus
Breaking Benjamin: Diary Of Jane

Une suite?
A Perfect Circle: Judith
Alice in Chains: Private hell
Klone: Nebulous

Sludge:
Melvins: Revolve / Honey Bucket

Riot grrrl:
The Gits: Second skin
7 year Bitch: Hip like junk
Babes in Toyland: Bruise Violet
L7: Pretend we’re dead
Hole: Violet

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