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Europe • Start from the dark / Secret society

Europe aura marqué son époque avec un titre. Un hymne définitif au clavier typique des années 80. Le tout associé à une certaine coupe de cheveux (la mise en plis dite « caniche »). Pas très glorieux. Pourtant le groupe s’est fendu de quelques albums de hard mélodique / FM fort réussis (Wings of tomorrow et The final countdown). Malheureusement, la soif de succès et les hurlements de groupies en chasse ont tôt fait d’écarter les petits suédois du droit chemin. Prod ramollo, compos nullasses, son fadasse… Le groupe n’aura artistiquement pas survécu au départ de John Norum, guitariste garymoorien plutôt malin qui a quitté la fusée avant la fin du compte à rebours.
L’agonie d’Europe ne laissera aucune trace. Pas plus que l’annonce de son come-back n’agitera les foules. Les ricaneurs (dont je faisais partie, on s’en doute) pariait sur une version misérable et parodique de ce fameux compte à rebours, arrivé depuis bien longtemps au zéro fatidique, au néant absolu et au vide éternel.
Sauf que non.

Sombre
Le groupe s’est réinventé. Carrément. Du tout au tout. Méconnaissable, ces anciennes gloires sont revenues dans la discrétion et l’humilité, sachant que rien n’est acquis. Start from the dark, (message explicite) est un monolithe sombre, un bloc minéral buriné par la guitare de Norum, à nouveau en charge de la section riff. Et de ce côté, la transformation s’avère radicale. Amateur de hard rock bluesy, Norum a délibérément choisi de ne produire ici que du velu. Du gras. Des rythmiques lourdes, des riffs crasseux sous influence Soundgarden (et par extension Led Zep) et Rage Against The Machine. On n’atteint pas les sommets de violence ou d’intensité de ces quelques références, mais l’esprit et les sonorités sont bien celles-ci.
L’ambiance se révèle tendue, sombre, voire désabusée (« Carrie » en ferait couler son rimmel). La production est sobre, presque sèche, laissant une grande place à la section rythmique et peu d’oxygène aux claviers, jadis dominateurs. Quelques discrètes nappes sous mixées, un peu de piano par là…

Secret
Secret society est de la même veine. Très proche dans le fond et la forme de son prédécesseur, il mise tout sur ses compos et leur pérennité. Assez paradoxalement, Europe ne cherche pas à accrocher dès la première écoute. Ces deux disques prennent le temps de s’installer. Les mélodies, plus insidieuses qu’à l’époque des paillettes, leur simplicité apparente, révèlent surtout un song-writing maîtrisé. Les albums sont construits d’un seul tenant, n’offrant que peu de prises immédiates mais assurant une longue durée de vie. Pas vraiment de faiblesses (notamment sur Secret society impeccable pendant trois-quarts d’heure).
À l’évidence, Europe a un objectif en tête : publier des classiques. Des albums où la musique prime avant tout, à l’image de Secret Society à la pochette seventies, mystérieuse et repoussante, n’affichant pas le nom du groupe (comme le dirigeable en son temps… Coïncidence ?).
Ce retour s’effectue dans une indifférence polie. Dommage, Secret society est un l’album de hard rock le plus élégants de 2006. Ne passez pas à côté à cause d’une période Top 50 mal assumée.

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