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Night Flight Orchestra • Internal affairs (2012)

Confit de canard et terrine d’ours

Je vous parlais du Canard dans le papier sur Kreator. Figurez-vous que le bonhomme s’est entiché du premier Night Flight Orchestra autant que moi, alors même qu’on en n’avait pas vraiment discuté. Et nous voilà à papoter sur ce disque que rien ne prédisposait à se retrouver dans nos Top Five 2012 respectifs. Au bout de trois semaines de papotage, j’ai proposé au palmipède de coucher tout ça sur « papier ». Le résultat est la conversation (téléphonique) qui suit. Vous pouvez lire la chronique de l’album par M’sieur Canard ici-même . Quant à la mienne, ben vous n’y aurez pas droit. L’originalité de l’exercice ci-après devrait vous mettre la puce à l’oreille quant à la qualité du machin. C’pas tous les jours que je reçois du monde sur Inox.

Je résumerai juste l’affaire en rappelant que NFO est le projet classic rock de brutasses scandinaves de la scène death metal. Et ce premier album est une franche réussite, une petite bulle de fraîcheur et de spontanéité, une attention délicate et raffinée, une surprise totale. L’album à offrir à tous les fans de black et de death pour que leur monde devienne plage, fun, roploplos et mélodie.

R : J’ai découvert le groupe dans une interview parue dans Rock Hard et je me demandais bien ce que des gars aussi bourrins pouvaient sortir, notamment Bjorn Strid, « chanteur » chez Soilwork. J’aimais bien Soilwork au début, ça déboisait vraiment mais le groupe a vite tourné en rond. Il a bien essayé de chanter (le fameux postulat erroné sur le contraste hurlement / chant clair = mélodie).

C : Pfff… à partir de 2003 (Figure number five) c’est devenu de plus en plus nul…

R : Je me suis arrêté à Natural born chaos sur lequel le chant prenait de l’importance. Production de Devin Townsend sur les voix. Deux trois titres, excellents, mais l’ensemble s’avérait trop répétitif. Je me suis vite lassé. D’où ma curiosité pour Night Flight Orchestra.

C : Effectivement on peut pas dire que dans Soilwork il chante. Il oscille entre les hurlements death et thrash…

R : T’as quand même des parties mélodiques.

C : Les trucs metal-core… Pas terrible. Ce qui m’a scotché dans NFO, c’est le chant : il chante super juste avec un feeling à l’ancienne. Il fait plein de petites variations, joue sur le volume. Je l’imagine bien sur scène jouer avec le micro pour nuancer…

R : Ceci dit en 2012 tout le monde chante juste en studio. Le plus étonnant c’est le panel proposé : il a une voix grave mais n’hésite pas à passer en voix de tête, il pousse sur d’autres titres, sans complexe. Il chante vraiment ce que le répertoire lui impose : passages funk ou soul…

C : Au delà de l’aspect technique, ce que j’aime c’est l’émotion : l’amertume, l’agressivité, un peu de mélancolie… Mais il ne surjoue jamais. Une forme de pudeur que l’on retrouve chez NoFX…

R : Ah ah ah !

C : J’suis obligé de le dire. On le perçoit « entre les lignes ».

R : Tout ça rend le projet encore plus étonnant. Il me semble qu’il y a aussi un mec de Dismember…

C : Quand on voit le line-up, on se dit que NFO va être ridicule.

R : Rien que le nom, « Dismember », ça me donne pas envie d’y aller.

C : C’est du death un peu old school.

R : Merci pour l’info. Passé l’effet de surprise et la découverte du disque, il n’est pas facile de déterminer un style, de « coller une étiquette ». C’est seventies… On est d’accord ?

C : Un peu sixties aussi. C’est pas purement seventies. Disons 65-75. Heureusement que je suis là pour apporter des nuances intéressantes pas vrai ?

R : Je dirais davantage années 70 pour ma part…

C : C’est ton côté pinailleur. Ok, sortons un fichier Excel, notons tout ça et étudions la proportion pour être vraiment précis… Plus je l’écoute et plus j’y perds mon latin. C’est là que je me rends compte que je suis un vieux con de hardos et qu’il me manque quelques fondamentaux rock. Je connais Creedence Clearwater Revival ou Grand Funk Railroad par exemple, mais je connais mal les Eagles ou les Beach Boys… je comprends qu’il y a une influence mais je n’arrive pas à mettre précisément le doigt dessus.

R : On n’entend pas directement les Beach Boys. Mais il y a beaucoup d’harmonies superposées très californiennes dans les chœurs, des « nappes », des « ouuuhhhh ». Le groupe est inspiré par des formations qui trouvent leurs racines chez les Beach Boys : influence indirecte donc. Mais ça respire la Californie, sur deux ou trois chansons en particulier (« 1998 », « California morning » forcément…).

C : Et c’est d’abord ce qui m’a perturbé en découvrant l’album : j’ai de suite accroché aux deux titres les plus « gais » de l’album (« West Ruth » et « 1998 »), ce qui n’est pas dans mes habitudes… Mais clairement, tu sens le soleil. Je crois qu’ils ont conçu l’album comme un roadtrip où chaque chanson évoquerait un lieu différent.

R : Dans l’interview Rock Hard ils évoquent un cahier des charges pour les paroles qui devaient citer des lieux (noms de ville, de pays, etc.) et des prénoms féminins américains classiques.

C : Je serais pas étonné qu’il y ait assez de références dans les paroles pour permettre de retrouver toutes les influences principales.

R : Je n’ai pas pu m’y pencher pour le moment n’ayant pas encore reçu mon CD (j’avoue)…

C : Côté hard rock, j’ai trouvé comme référence Rainbow, Deep Purple, Thin Lizzy. La référence Led Zep est très grossière avec la première chanson.

R : J’imagine ces mecs sont joueurs et, à mon avis, ils ont mis le riff de « Immigrant song » en intro pour que tous les crétins dans mon genre, tous les pénibles, tous les mecs qui voulaient les flinguer lèvent immédiatement les yeux au ciel.

C : Je suis d’accord. A l’écoute de ce riff on se demande comment ils vont s’en tirer. Et ils partent ailleurs. D’ailleurs tout ce qui suit n’a rien à voir avec le Led Zep traditionnel (blues et grandiloquent). Les références sont plutôt à chercher du côté de Physical graffiti dans ses titres moins en vu comme « Down by the seaside » par exemple.

R: Physical est l’un des albums où les influences californiennes de Led Zep sont les plus évidentes, même s’il y avait déjà « Going to California »sur le IV. C’est ce type d’ambiance que l’on entend sur Internal affairs.

C : On ne retrouve pas effectivement l’agressivité ou la démesure de Led Zep. C’est presque une « fausse référence ». Au delà de ces liens avec le hard rock, j’entends du Eagles et du Creedence mais c’est tout ce que j’identifie précisément.

R : J’ajouterais Stevie Wonder avec la référence à « Superstitious » sur la chanson « Internal affairs », les Doobie Brothers… Tu évoquais Grand Funk Railroad… On pourrait citer des groupes comme America, Chicago ou Steely Dan, mais j’avoue être un peu léger sur le sujet.

C : Et Boston !

R : Ah mes chouchous ! J’ai un peu de mal à évaluer l’influence réelle du groupe. Je les trouve tellement bons et tellement représentatifs du genre que j’exagère peut-être leur aspect référentiel (ceci dit « More than a feeling » a été un tube mondial). Mais si Boston n’est pas une référence pour NFO, citons forcément Fleetwood Mac époque Rumours, c’est-à-dire la période « non blues » du groupe. D’ailleurs dans NFO, le blues est absent : ça joue pentatonique, ça joue rock, mais pas vraiment blues. C’est aussi pour ça que je n’avais pas pensé à Led Zep en premier. Côté hard rock tu citais Deep Purple, je dirais plutôt Rainbow dont le répertoire était davantage orienté « chanson » que DP qui privilégiait le bordel…

C : Ohohoh ! (indignation)

R : Blague à part, Deep Purple était très violent pour son époque, avec les voix gueulées, la rapidité… un extrémisme que ne caractérisait pas Rainbow. « Miami » est le titre le plus marqué par ces groupes (riff, orgue Hammond, tempo, cri sur l’intro..). Mais le refrain part ailleurs.

C : Je me demandais si on ne pouvait pas déceler des traces d’Aerosmith.

R : Je ne pense pas. Aerosmith c’est soit blues, soit groove. Et même s’il y a quelques plans funky sur le NFO, ça groove pas des masses.

C : Je pensais au côté boogie époque Toys in the attic. Je me posais la question parce que je ne sais pas.. Et quand je ne sais pas je cherche, et je cherche partout.

R : Pour synthétiser tout ça, le point fort du disque est d’être référentiel mais sans citations directes. D’ailleurs on a du mal à donner des titres de chansons qui serait pillées (à part « Immigrant song » et « Superstitious »). Internal affairs est « imbibé » du style d’une époque, évoque un melting pot de groupes sans jamais devenir une entreprise de clonage.

C : Les références sont parfaitement digérées et si les chansons sont « inspirées par » il s’agit bien de leurs compos, pas d’un puzzle. C’est ce qui est fort et qui me rend complètement fan.

R : Une autre particularité c’est qu’ils n’ont pas adopté le son d’époque alors que pas mal de groupes « hommage » cherchent les sonorités analogiques vraiment vintages. La prod reste moderne. On n’est pas devant une carte postale jaunie et nostalgique.

C : Avec les petits arrangements orchestraux qui vont bien…

R : Ils n’ont pas hésité à ajouter également du sax, des percus, des violons pour que ça sonne tel que ça « doit » sonner… Mon seul regret c’est qu’on ait à faire à des samples et des synthés. En tout cas, les ballades (enfin, les titres les plus calmes, il ne s’agit pas de véritables ballades) ne sont pas mièvres ou trop sucrées. Ils évitent les clichés.

C : Grâce au chanteur.

R : Pas que… Sur « Transantlantic blues » tu as un gros crescendo, très travaillé, et on évite le gluant d’un « Still loving you ».

C : J’en reviens à la « petite pudeur à la NoFX ». C’est jamais too much ou larmoyant. C’est ce qui fait mouche. Pour sortir un truc comme « Still loving you » vaut mieux avoir le riff puissant et la ligne de chant qui tue sinon c’est du caramel. Là, NFO nuance et ça sonne plus « crédible » de mon point de vue. Ce qui fait aussi que j’aime toutes les chansons du disque. Le final est canon, le bonus aussi, « Transantlantic blues » coupe l’album, chaque partie a son tube (en quatrième et huitième position) et l’ensemble est homogène et très équilibré. On peut multiplier les écoutes. Je dois en être à une centaine déjà. Je ne m’en lasse pas et je sais que j’y reviendrai régulièrement dans les mois à venir. Reste à savoir si NFO deviendra un vrai groupe et si Strid laissera tomber Soilwork.

R : Je préfèrerais également un deuxième NFO à un nouveau Soilwork. Que je n’écouterai pas de toutes façons. Ce que je trouve curieux pour ma part c’est que l’on ait tout deux « bloqué » sur ce disque sans s’être consulté d’ailleurs.

C : Je vais être méchant : on est tellement habitué à écouter des merdes dans le metal que quand il y a un peu de composition, un peu de travail et que c’est un peu original, ben, forcément, ça change. J’écoute vachement de nouveautés et le niveau est affligeant. Là, tu as un truc original, surprenant, bien fait, avec du « talent », de l’inspiration et pas de pompage. C’est l’album de l’année. Je le trouve même meilleur que le Kreator.

R : Carrément !

C : Oui. Phantom antichrist c’est du thrash et Kreator en joue « since 1984 ». Internal affairs, c’est nouveau et c’est un tour de force.

R : Un nouveau projet sans trop de promos, sans grosse stratégie marketing, sans buzz artificiel, c’est d’autant plus agréable.

C : J’ai découvert une news sur le net les concernant en me disant (avec un sourire de hyène) : « Encore un truc que je vais pouvoir défoncer si c’est trop mauvais« . J’ai d’abord été déstabilisé par l’intro Led Zep et puis je suis rentré dedans à la troisième écoute. C’est un disque qu’il faut écouter une bonne dizaine de fois pour vraiment l’appréhender.

R : T’es dur, c’est quand même une musique assez immédiate. Peut-être que j’écoute davantage ce style là que toi…

C : J’suis un gros con de thrasher !

R : Ah ah ah ! J’suis fan de Boston depuis longtemps. Autre exemple, sur le premier Riot (Rock city) deux ou trois chansons s’inscrivent dans ce registre. Tout est une question de références. En tout cas, c’est rare que je m’emballe et là je suis vraiment content d’être tombé sur ce disque.

C : Sur la fin d’année on est plutôt gâté : le NoFX est bon, le Kreator tue tout, le Testament tient bien la route, sans compter quelques petites nouveautés thrash du genre Game Over.

R : Ah oui Game Over, c’était sympa. Faudrait que je m’y attarde. Mais je pense pas arriver à la dizaine… Et je m’en suis tapé des daubes : entre le Steve Harris, le Kiss, le Dragonforce et je sais plus quoi…

C : Si le Bad Religion de fin d’année est réussi ça sera même une très bonne année.

R : Soyons optimiste alors. Au pire tu pourras écouter le dernier Pennywise pour te consoler.

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