Avenged Sevenfold • s/t • 2007

« Tu devrais écouter le dernier Avenged Sevenfold ». Voilà ce que l’on me dit depuis 6 mois. Comme j’ai arrêté de me jeter sur les nouveautés le jour où j’ai compris que 90% de la production musicale d’une année vaut que dalle, je ne me suis pas précipité (laissons la précipitation à Kevin, fan de Slipknot et de Nightwish). Et puis, les groupes de jeunes tatoués qui gueulent, on sait ce que ça donne. Du sous Limp Bizkit quand c’est pas du sous Linkin Park, ou, pire, un clone US d’une copie européenne d’In Flames.
Le lecteur inoxydable connaît déjà la chute de l’histoire : « tel est pris qui croyant prendre, l’appétit ne sert à rien à qui sait partir à point vaut mieux que deux tu l’auras ». Pas faux. Me suis fait avoir. Encore. Ce disque est excellent. Ni plus ni moins. Je me suis penché pour l’occasion sur le reste de la discographie pour ne retenir que cette dernière production, tant elle est « au dessus ». Au dessus des autres albums, et au dessus des autres groupes de jeunes tatoués qui gueulent (c’est bon d’être vieux, con et d’écrire ce genre de phrases, vous ne pouvez pas savoir…).
Avenged Sevenfold réussit là une synthèse metal inter-générationnelle. Un mix très réussi entre style contemporain (gros riff à un accord et sous accordage) avec le heavy metal européen traditionnel (Maiden, Helloween… chant mélodique et solos de guitare).

Bluff ou pas ?
Les gars jouent grave (ce n’est pas une expression Kevin, c’est un spectre sonore). Riffs concassés, rythmiques hachées, batterie massive… les standards de ce début de siècle. Mais à la place du régurgitateur syndical, Avenged Sevenfold a opté pour un chanteur. Et quel chanteur ! Voix puissante, éraillée et pleine de feeling. Ce gars — M. Shadow… tu parles d’un pseudo… ça vaut bien Nikki Sixx ceci dit — dispose d’un panel très large d’émotions, passant d’un chant rageur et puissant (sans jamais « growler ») à une voix plus aérienne (légèrement nasillarde, à la Mike Patton). Le monsieur est parfois secondé par The Rev (batterie) dans un registre davantage forcé mais tout aussi convaincant. En studio on peut bluffer. Sauf que, sur le DVD du « Making of », on entend les gars a cappella pendant l’enregistrement de leurs prises. Pas du chiqué.
Des riffs et un excellent chanteur, deux composantes majeures pour qu’un disque estampillé heavy metal réussisse le test. Que manque-t-il ?
— Des mélodies ?
— Bien Kevin, je vois que tu as lu les autres articles de ce blog. T’auras le droit de jeter tes disques de Slipknot pour cette bonne réponse. Côté mélodie, le groupe n’est pas en reste. Avenged Sevenfold fait partie de cette nouvelle génération qui a autant écouté du metal que de power pop, de hardcore mélodique ou d’emo. Les refrains « poppisent », les lignes de chant se « lamentent ». En parallèle, des chansons comme « Unbound (the wild ride) » et « Lost » réinventent le speed mélodique (à la Edguy) dans une surprenante version néo-US (piano, chorale et arrangements orchestraux inclus).
Un mot sur le guitariste soliste, sweeper fou et amateur de glissandos pour un style mélodieux et d’une grande fluidité. Une personnalité certaine.
Le groupe ne s’est pas fixé de limite et intègre des ingrédients inhabituels (pedal steel, voix féminines, passages orchestraux, piano, influence « Broadway », guitares harmonisées typiques des années 80…) pour se les approprier définitivement. Le résultat ? Un répertoire très dynamique et « A little piece of heaven », un climax de 8 minutes. Chanson fortement inspirée par les airs de comédies musicales US, elle marie plusieurs voix, construction à tiroirs, chœurs, orchestrations, fun, émotion, énergie et mélodies qui s’entrecroisent sans jamais s’entrechoquer. Un morceau de bravoure et un résultat que bien des formations influencées par Danny Elfman essayent d’obtenir sans y parvenir.
Avenged Sevenfold parviendra-t-il à renouveler l’exploit et concevoir un autre disque ce cet acabit, aussi réussi, aussi ouvert, aussi cohérent ? À voir. En attendant, ne passons pas à côté de cet album blanc.
Z’ont bien fait de me casser les noix les gars…

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