Dragonforce • Inhuman rampage

Depuis l’avènement des bourrins auprès du grand public (scène néo et NWOAHM) et la « démocratisation » des groupes sans chanteur (black, death…) au sein même de la population de fans de hard rock et de metal, on peut s’interroger sur la signification réelle du mot « extrême ». Le hard rock (au sens large) se définit comme la musique de l’extrême. Mais lorsque la masse écoute Slipknot, que peut-on proposer de plus violent ? De plus ? De trop ? Pas facile. La barrière bruitiste est déjà atteinte depuis longtemps (Napalm Death en 1987) et la surenchère dans ce domaine ne mène à rien. Un « plus puissance » a été apporté par les techniques de production moderne, des niveaux de compression défiant toute concurrence (rendant d’ailleurs la guitare basse inutile ou inaudible), des sous accordages monstrueux et parfois l’ajout de sonorités électroniques. Mais rien de fondamental, rien qui ne fasse avancer le dossier (si tant est qu’il doive avancer).

Faster than the speed of light
Pour faire dans l’extrême, il ne reste que deux choses : le parti-pris et l’attitude. Une ligne musicale ultra définie, poussée dans ses derniers retranchements et soutenue par une attitude à l’avenant.
Depuis ces débuts, Dragonforce a suivi ce raisonnement. Issus du black metal (et pas du plus glorieux), les membres du groupe ont monté la formation « la plus speed mélodique du monde ».
Côté vitesse, Dragonforce dépasse Sonata Arctica (qui me semble un des plus rapides du marché) pour rejoindre la vitesse d’exécution de certains combos black (on y revient). Inhuman rampage est un album « tout à fond ». Le rythme effréné ne ménage aucune plage de repos (à part la ballade qui clôt le disque). Mais avant d’arriver là, on reste en apnée. L’ensemble, souvent kitsch, étouffe. L’accès est difficile lors des premières écoutes, mais les titres, truffés de bonnes choses, s’avèrent d’une grande richesse. On ingurgite au passage des dizaines de lignes mélodiques de chant, de guitare et de claviers, multipliées à l’envi. Les trois solistes s’en donnent à cœur joie, sans pour autant perdre les chansons de vue, rallongeant la durée de chaque titre (6 à 8 minutes).

Yngwie es-tu là ?
On pense évidemment à Malmsteen pour l’option « débaroulage en règle », sauf que Sam Totman et Herman Li construisent bien mieux leurs interventions que le suédois depuis qu’il est en roue libre (depuis son premier live donc). On flaire également l’influence de guitaristes plus modernes (Vai / Satriani), l’un pour son jeu de vibrato, l’autre pour le côté très lisse et artificiel du son. Li et Totman ont, comme il se doit, poussé à l’extrême ces deux aspects, les passages au vibrato sont légion et le son des guitares en lead a un aspect très artificiel, voire électronique par moment, se mêlant à celui des claviers. Synthés qui délaissent eux aussi les clichés du genre (pas de son de clavecin chez Dragonforce) pour produire des effets « jeux vidéo 8 bits » assez originaux et surtout très fun. Un fun plutôt rare dans cette scène musicale.

Britannique humour
Son attitude très anglaise positionne le groupe dans une certaine tradition rock britonne où l’humour pince-sans-rire est un mode de vie. D’ailleurs les Dragonforce ne se baladent pas en chemises à jabots ou autres dentelles… On porte plutôt baskets, jeans, t-shirt Ramones ou Motörhead.
Inhuman rampage s’inscrit complètement dans la catégorie « disques extrémistes » (cf. définition du début) où « trop, n’est jamais assez ». Comme sur le premier Vinnie Vincent Invasion ou le Exposed de Vince Neil (avec le mutant Steve Stevens, un grand amateur de « guitare laser »).
Autant de choses qui permettent à cet album de se démarquer de la masse de groupes spimélo insipides, sans charisme, sans talent et sans ce parti-pris des gens ayant une vision. Par contre, il semble probable que Dragonforce ait exprimé tout ce qui était possible dans le genre avec Inhuman rampage et ces deux prédécesseurs. Je vois mal ce qu’il lui reste à dire dans le domaine de l’hyper speed hyper mélodique.

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