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AC/DC en 1 vidéo

Après quelques années d’existence, Inox devait y passer. Le papier sur AC/DC. Peut-être s’agissait-il du seul article à écrire. Enfoncer le clou, modestement. Deux trois piqûres de rappel pour les hermétiques ou les plus jeunes. Reste l’angle… Balancer une énième discographie où l’on assènera que Highway to hell est un chef d’œuvre, Back in black aussi, mais je préfère Bon Johnson à Brian Scott, et Let there be rock c’est du nougat ? Sans parler de Dirty deeds… Un vieux fan posterait un commentaire « Mon préféré c’est Powerage« … Un false répondrait « Moi c’est Flick of the switch… ».

Objectivement, on devrait rester sec sur AC/DC. Rien à dire. Quoi de plus banal ? Australiens inspirés par le blues et Chuck Berry, ils balancent la même chanson depuis le milieu des années 70, sans débander ou presque. Un groupe parmi les millions qui siphonnent le vieux Chuck en poussant les potards. Pas de quoi péter un mi aigu. Pourtant AC/DC est une machine de compétition. Un V8 ronronnant, prêt à tailler dans le bush, laissant la meute sur le carreau, de la poussière plein la gueule, à kicker fébrilement alors que les frangins poudroient déjà à l’horizon. Comment font ils la différence ? La différence est à 3’10 de cette putain de vidéo.
Un extrait du concert de 79 à Paris, récemment réédité en prestigieux blouré. Il s’en écoulera probablement moins que cette daubasse de Black ice. Ou de cette BOF (judicieux acronyme) d’Iron Man. O tempora O Mauresque comme se lamentent les amateurs d’anisette. Tant pis.
Pourtant, le secret est là. Et tout particulièrement dans les les 4’49 de cette version très particulière de « Whole lotta Rosie ». J’vous laisse déguster (ne zappez pas la vidéo, même si vous connaissez le morceau, c’est de cette dernière qu’on cause juste après). Monte le çon mon con !

 

 

À 3’10, le lutin casse une corde et file backstage récupérer une gratte chargée à plein. Pendant 20 secondes, vous entendez la machine, le moteur. Vous entendez Malcom, Phil et Cliff : le cœur et les poumons, pulser, tabasser ensemble. La mécanique pilonne, obstinément, implacable et hypnotique. C’est aigrelet, maigre, sec, et ça tape au plexus. Grâce à ces vingt secondes là (qu’on pourrait écouter 20 minutes ou 20 ans), vous découvrez l’os à vif, vous entendez la rue, la musique « d’en bas », celle des petites frappes, des gens simples, entre défoulement et catharsis.

Ce court passage permet également d’apprécier le mix des guitares, la qualité du crunch de Malcom, son clair rugueux, et par déduction la saturation un peu plus forte d’Angus. D’ailleurs le plus young des Jeunes saturait moins qu’à notre époque… Évident pendant le solo : le sustain ne lui permet pas de jouer un legato type « Thunderstruck ». Particulièrement à 2’30. Chaque note accroche et s’enchaîne à la suivante dans la souffrance. Au même endroit, quelques albums plus tard, les notes gicleront comme des fruits mûrs, pressés par des mains gourmandes, jaillissant de Marshalls trafiqués par les toubibs de L.A. Mais en 79, AC/DC ne lorgne pas encore vers le metal.

Revenons à l’accident. La corde cassée. Un instant de vérité nue. Non pas parce qu’un guitariste change de gratte et que le groupe poursuit sa mission sans sourciller. Non. Show must go on. C’est la loi. Celui qui tombe du train doit le rattraper, avant la prochaine gare si possible, sinon tant pis, à son tour de glisser un billet de dix dans la cagnotte et de payer la tournée.

Shake a leg

La chose absolument étonnante à ce moment précis, c’est la jambe d’Angus. Le p’tit bonhomme, désemberlificoté de son jack trottine et sautille — on le distingue dans l’ombre. Il joue encore sans guitare. Sa jambe gauche bat le rythme. À la croche (un bluesman taperait probablement la noire). Angus non. Angus bat chaque coup de charlé que Rudd fracasse. Angus n’arrête jamais. Il se rebranche et, courbé sur sa SG désaccordée, incarne à ce moment là, la vérité rock’n’roll. La transe ne le quitte pas, pulsation primitive et antédiluvienne. Il est sa guitare, il est le groupe, il est kilowatts, ampères et décibels, il est la vague dégueulée par la sono, il est le danseur Scott, il est son frère, il est le beat parfait de Rudd, il est la jeunesse, la fougue, l’énergie, la naïveté… le monde a disparu, le monde n’est que riff et rythme. La route aussi droite qu’un manche de guitare et les seuls repères sont les cinq notes du blues et du rock. Dans ce merdier terminal, cette transe de fin de monde, Angus sait pourtant exactement ce qu’il joue, ré-accorde son ré après trois tirés calamiteux, là où un autre se serait planqué dans le maelström.

Si vous vous demandez encore ce qui distingue les « groupes de rock » des « putains de groupe de rock », vous trouverez la réponse dans cette vidéo : le jusqu’au boutisme et l’abandon indispensables pour que cette musique devienne crédible et dépasse les simples mots, les postures. Le rock n’est pas une culture ou un mode de vie, c’est une énergie. Si vous avez cette énergie là au quotidien, si, quand vous pétez une corde, votre jambe continue à marquer le rythme, alors vous faites partie du truc. Le reste, c’est du flan.

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