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Accept • Blood of the nations

Internet ou la course de ceux qui veulent parler les premiers. Premier à annoncer qu’un album sort (pour rester dans la sphère musicale), premier à lister les titres des nouvelles chansons, à présenter la pochette, premier à avoir entendu l’extrait du single, vu le clip, écouté le disque promo, premier à acheter le machin. Et surtout, premier à donner son avis.
Le premier avis. Royal. L’étalon de toutes les conversations, celui que l’on contredira ou soutiendra, l’avis en or, brillant de mille feux dans le noir infini du cyberespace, valant à son auteur l’estime et l’immortalité (durée de l’immortalité sur internet : deux heures).
Si vous êtes un habitué du lieu, vous avez lu la section Never Asked Questions (dans le menu en haut de page), et savez déjà que les réactions à chaud, les commentaires dans le feu de l’action, ne font pas partie de la ligne éditoriale d’Inoxydable. L’avis précipité, la recherche d’un scoop, face à l’hyper-rapidité du média internet n’a aucun intérêt. Ce refus de vitesse est même la seule manière (la seule que j’ai trouvée en tout cas) pour lutter modestement contre ce système. Et c’est un combat perdu d’avance : l’armée des cons a toujours raison (en plus d’être nombreuse).

Puisqu’on parle de cons, c’est mon tour de m’y coller. Me voilà, tapant furieusement mon Azerty pour vous raconter ce que je pense de Blood of the nations d’Accept, à moins de trois semaines de sa parution. Quelques précisions tout de même, avant de rentrer dans le vif du sujet :
1- Je l’ai eu avant sa sortie (je plaide coupable de téléchargement super pas légal) mais je ne vois pas comment j’aurais pu résister. Du coup j’ai eu davantage de temps pour l’appréhender. J’en suis, actuellement à 2568 écoutes. Approximativement.
2- Je l’ai acheté le jour J en digipack (indispensable pour « Time machine », l’un des meilleurs titres). J’espère que ces deux derniers points me vaudront la clémence du juge.
3- Je n’ai dit que des conneries à son sujet (ça m’apprendra) sur un forum après seulement une écoute parce que je suis aussi faible que tous les autres cyber-cons. Fallait rétablir l’équilibre.

Aujourd’hui donc, je prends un risque, là, comme ça, en direct. Je publie un papier absolument pas certifié dans le temps, pas gravé dans le marbre, un truc que vous pourrez me jeter à la gueule dans un an quand, au détour d’un quelconque article, je balancerai une phrase assassine sur le retour foiré d’Accept. C’est dingue ce que l’on est en train de vivre, un moment historique, un instant unique dans l’histoire de la chronique de disque : je prends le pari, à la sortie d’un album, que je ne changerai pas d’avis. C’est dit.
Profitons de cette parenthèse pour tenter de différencier l’avis de l’appréciation. L’avis peut être positif sur un disque que l’on n’aime pas. Ou le contraire. Cf. le périlleux et récent article sur Sabaton et Running Wild, qui m’a valu quelques jets de parpaings de la part de fans. Au sens premier du terme : fanatiques. Aveugles, sourds et non comprenants. Heureusement d’autres ont ri et compris le message. Je les remercie au passage. Ouf.
L’enjeu de cette chronique est donc l’avis, l’évaluation objective de ce nouvel album. A vous de distinguer les éléments purement factuels des envolées de détraqué que je deviens quand on parle d’Acceeeeppppt !

Les faits
15 ans que le groupe s’est séparé. Udo continue son bout de chemin. « Un p’tit bout d’un p’tit chemin » comme dirait l’autre (citons les plus grands). Et Wolf « guitar God » Hoffmann vit de la photographie, une sage décision à l’écoute des deux derniers et piteux albums.
Nostalgie, appât du gain, crise de la cinquantaine ? Accept est de retour après quelques apparitions accueillies chaleureusement dans des festivals estivaux. Après avoir levé les yeux au ciel et sorti mon flingue à l’annonce de cette nouvelle, j’ai gentiment attendu. Comme tout le monde.
Première écoute assez tiède (seul « Pandemic » m’a donné envie de tout péter dans ma piaule) d’où les fameux commentaires nullissimes postés à ce moment là. Une vie ne suffira pas à les expier.

Et puis et puis…
Pas besoin de pousser beaucoup plus loin, comme chez Maiden dont l’ultime frontière ne se dévoilerait qu’au bout de 53 écoutes, à partir desquelles l’épique des compositions se le disputerait à l’efficacité des refrains. En trois écoutes Blood of the nations gagne le match. Parce que Tornillo, le remplaçant d’Udo, croisement entre m’sieur casquette d’AC/DC et schtroumpf grognon, hurle comme un possédé, avec l’intensité d’un ciel qui se déchire. Ce type vit les morceaux, leur donne corps, les transforme en instant de chair et de sang, de puissance et de feeling. Et dans les rares moments d’accalmie (le break de « The abyss », la ballade « Kill the pain »), le bonhomme montre de belles nuances.
Derrière lui, le groupe joue serré, comme il l’a toujours fait. En 2010, on mesure combien le fossé est grand entre Accept et ses fils spirituels. Comment supporter Hammerfall dans ses velléités heavy metal mid tempo ? Merci d’avoir assuré l’intérim’ les gars, vous pouvez y aller maintenant. N’oubliez pas d’éteindre la lumière en partant. Parce que le patron est de retour. Même avec des riffs moins tranchants que dans les années 80, Accept métallise dix fois sa concurrence. Hoffman et Baltes (basse) restent les dépositaires de ce son unique, cette maniaquerie germanique et millimétrée qui transforment la moindre rythmique en hachoir à viande, agrémentée des fameux chœurs « armée rouge ». Blood of the nations ressuscite le heavy metal des années 80 sans rien céder à la tendance (néo-classique, symphonique, progressive…). Se permettant même de prendre son temps (5’30 minutes par chanson en moyenne) en laissant Hoffmann placer moult interventions. Brillantes, comme toujours. Lupus Hoffmann lâche la meute et alterne chaos organisé et mélodies jaillissantes. L’homme n’a rien perdu de son toucher, s’appliquant à phraser et à nuancer en permanence, rappelant, au moment où plusieurs grands s’apprêtent à raccrocher (Jabs, Smith…), ce que doit être un guitariste lead dans un groupe de heavy metal. C’est comme ça que ça marche les jeunes ! C’est pas tout de débouler, faut bosser le style !

Quelques réserves
Blood of the nations reluque du côté de Restless & wild et Balls to the walls, abandonnant la facette US / hymnes pour stadium qui caractérisait surtout Metal heart, Russian roulette ou Eat the heat. C’est un choix (ou un hasard selon Hoffmann). Le hic ? L’absence de riffs vraiment forts, plaçant ce disque en dessous des classiques du groupe. Les lignes de chant des couplets, restent, elle aussi, un peu plates. Heureusement, Tornillo emporte le tout sur les ponts et les refrains qui fonctionnent assez vite (« Time machine », « No shelter », « Blood of the nations », « Pandemic »…)
Après 15 d’absence et un rapide tour de chauffe live, Accept revient en bonne forme. Blood of the nations n’innove en rien, mais ne sent pas le formol pour autant. La conviction et l’énergie permettent au groupe de cogner dur dès ce premier round d’observation et d’imposer un ré-étalonnage dans le monde du heavy metal pur et dur. La suite des événements s’annonce passionnante.

Pour quelques infos de plus : j’ai eu le plaisir et l’avantage de participer indirectement à l’interview de Wolf Hoffman en soufflant quelques questions à Kroboy (super thx à nouveau), chroniqueurs chez Les éternels. Un peu de lecture supplémentaire donc. Wolf RLZ.

 

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