AC/DC, Wauquiez : même combat.

N’importe quel artiste qui monte sur scène, enregistre ses gribouillis en studio, ose proposer son « œuvre » au public cherche à séduire. Il veut être compris et aimé, rêve de succès et in extenso à vendre son machin. Peu importe in fine qu’il cherche la célébrité, juste les nanas ou le fric ; il lui faut « séduire » pour espérer trouver un écho dans l’océan des égos.

Même si on aimerait bien que notre musique fût 100 % pure, qu’elle se place par-delà ce genre de considération, elle n’échappe pas à cette règle. Non, le metal est itou pareil. Derrière les tatouages (et « la lame de couteau »), les looks de bandits, les paroles « evil » et tout le toutim ; ils restent tous des « artistes » avec les mêmes intentions, motivations, ambitions etc. Et comme je vous le disais en liminaire, qui dit « artiste » dit un peu de « séduction » donc une bonne dose de mensonge aussi, forcément. On le sait, on le savait, alors pas de quoi en faire un fromage.

En dépit des apparences, mêmes les plus « raw » des faiseurs du black metal rêvent secrètement de charts, de salles de concert pleines à craquer de fans hystériques portant des t-shirts à leur effigie. Oui, même eux. Alors on comprend, on avait compris. Bon Jovi au « R&R Hall of Fame » et ses plus de cent millions d’albums vendus, les tournées d’adieu de merde de Kiss, le merchandising de Maiden, les virages commerciaux en tout genre façon Black album ou les visées FM, US, glam en leur temps de la majorité des groupes des années 80 et tutti quanti.

Pourtant, depuis quelques années, mon vénérable ami (oui, c’est à toi REM que je m’adresse directement en plein billet), quelque chose me dérange, me gratouille voire me dérangeouille avec ce « circus maximus » qui frappe la grosse scène metal. Non pas là, un peu plus bas, oui, à gauche là… Rhaa, vas-y, continue, gratte plus fort.

L’insincérité. Le mot est lâché, donc je m’explique.

Les temps sont durs, le metal décline. Nous le savons, ils le savent aussi vous pensez bien. Jamais nos groupes ne le formuleront, mais le fait est que les albums se vendent moins, que le net a modifié la donne laissant sur le bord de la route nombre de dinosaures chéris. La qualité décline sans qu’aucun renouveau pointe le bout de son blaire à l’horizon. Mais soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien ; telle semble être la devise.

Un peu de dignité, voilà ce que j’aurais voulu. Une posture plus forte, du droit dans ses santiags façon Lemmy. J’aurais aimé voir nos groupes donner ce regain de sens avec un zeste de valeurs morales pour au moins qu’ils fussent à la hauteur de ce qu’ils ont représenté pour des couillons comme moi à une certaine époque (pas si lointaine, n’exagérons rien). L’époque d’avant, l’époque chérie, insouciante et pleine de vitalité encore. Au lieu de cela, nous avons droit à des bœufs avec Lady Gaga, nous avons droit à AC/DC qui facture Axl Rose sans état d’âme aucun (laissant Brian « impeccable » Johnson chez lui à se lamenter comme un con), au grand Slayer qui cachetonne en toute indécence etc. Pendant que le reste de la troupe – pour la plupart – tourne en boucle, produit merde sur merde, de pire en pire.

Évidemment, il n’y a rien à faire. Juste observer cette grosse bête vivace dépérir au fil des années. Ainsi va la vie, que sera sera. Vieillir est une dégénérescence, quoi qu’on en dise. Jamais les artistes ne murissent comme le bon vin. Fallait s’en douter, pourquoi nos « héros » auraient échappé à la règle ? Eh bien, c’est là qu’est l’os, que le bât blesse, que le grand cric me croque : ils auraient au moins pu nous respecter un peu, nous les fans, leur public.

Insincérité donc, mais pas que.

Et c’est en suivant de loin l’affaire Wauquiez. Le flash. Les fausses confidences pour faire du buzz. Puis le coup du « j’assume » façon grand garçon. Diviser pour mieux régner au sein de son propre clan, aussi. Bref, du calcul, une ambition qui pue du derche, l’envie de pouvoir etc. j’observe l’homme qui transpire tout cela à la fois (et bien pire encore). Lui et sa vision libérale de merde. Puis second flash, deuxième effet Kiss Cool avec un zeste de recul : la France d’En Marche. Itou pareil, pas mieux. Même vision libérale de merde, travailler plus pour se faire enculer, flexibilité de mes couilles et statut d’auto-esclavage, « uberisation » de tout ce qui est possible : le vocabulaire a évolué, la logique reste la même. Alors que la France subit de plein fouet une crise économique qui dure depuis plus de dix ans, alors que le déclin (cher à mon Michel ONFRAY) n’a jamais été aussi « visible » ; on décide de libéraliser davantage, tout et même plus encore.

Quel point commun avec notre musique me demanderas-tu ? Quelle accointance ?

L’argent. La première religion dans le monde. L’argent et sa doctrine : le capitalisme. Toute cette attitude à chier par terre converge vers deux points cardinaux : les terres de l’Oncle Sam et cette envie de dollars. Les ricains pensent pognon, affichent pognon, vivent pour le pognon. Peu importe que ça pollue, que ce soit inutile ou con, peu importe qu’il faille vendre son âme au diable. Sur ce plan-là, les USA sont l’empire du mal (the Evil Empire). Et la majorité de nos groupes, nos héros d’alors, se sont embourgeoisés, se sont habitués au confort, en veulent davantage quitte justement à « capitaliser » sur leur propre légende et sur le dos des fans.

« L’amour de l’argent est la racine de toute chose mauvaise » disait l’apôtre Paul. Et si le capitalisme n’était pas en définitive la cause principale du déclin de notre musique ? Alors cela expliquerait presque tout. Les tournées, les line-ups de circonstances, Some kind of monster, les band whores, MTV etc. « The almighty dollar » chantait déplorablement Ozzy sur Black Rain. Lui qui a accepté l’impensable, se mettre en scène de la façon la plus ridicule possible. Par-delà le déclin naturel de notre musique, la voilà l’autre grande déception de notre musique : l’absence d’attitude, de principes, la vénale soumission au système et l’envie de garder sa Ferrari. En cette sale époque, j’aurais aimé plus de No code de Pearl Jam, plus d’initiatives free à la Radiohead, du sens de l’amitié façon Def Leppard, de la posture, du discours assumé façon NoFX. Un peu de hauteur quoi avec un zeste d’intégrité.

« Après avoir dévoré le monde, le capitalisme finira par s’entredévorer lui-même » prophétisait mon Charles Bukowski adoré dans ses correspondances. Je ne sais pas si le capitalisme sera la cause essentielle de la fin de l’humanité, mais une chose est sûre : il aura concouru grandement à la perte du metal.

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